Il ne sert à rien de courir après des chimères ni de bâtir des châteaux en Espagne avec des accords commerciaux lointains. La priorité devrait être de prendre soin de ce qui se passe chez nous, sur nos sols, dans nos champs, avec nos paysans.
La France n’a, au fond, qu’une seule ressource stratégique : la biomasse végétale issue de la photosynthèse, née du soleil, de la terre, de l’eau et des nutriments des sols. C’est notre pétrole vert, dont dépendent directement notre alimentation, nos emplois agricoles et la vitalité de nos campagnes.
Produire durablement cette biomasse primaire n’est possible que si l’on s’efforce, à l’échelle de notre pays, de maîtriser et de fermer les cycles biogéochimiques des principaux éléments chimiques de base du vivant que sont l’eau, le carbone, l’azote, le potassium et le phosphore. Or nous faisons exactement l’inverse : nous importons la quasi-totalité de nos engrais azotés, potassiques ou phosphatés, de Russie, de Chine ou du Maroc, créant une dépendance géopolitique absurde pour un pays qui prétend à l’autonomie stratégique.
Cette fuite en avant est directement liée à la disparition progressive de l’élevage, maillon essentiel du bouclage des cycles. Là où les animaux ne valorisent plus l’herbe et les fourrages, là où les fumiers et les lisiers ne retournent plus à la terre, les sols s’appauvrissent et perdent en résilience. Dans de nombreuses campagnes, les bâtiments d’élevage abandonnés se multiplient, les stabulations vides deviennent des carcasses de béton et les fermes ne trouvent plus de repreneurs. Ce sont des drames silencieux : des outils de travail sacrifiés, des patrimoines agricoles bradés, des savoir-faire perdus faute de politique adaptée et d’une ambition à la hauteur des enjeux.
Une balance commerciale déficitaire
Le déclin de l’élevage laitier est particulièrement inquiétant. Loin de n’être qu’une production parmi d’autres, ce secteur structure l’intégration des territoires : il maintient l’herbe, l’emploi, la vie sociale et la fertilité du sol. A l’inverse, des systèmes centrés sur la seule production de céréales, aussi performants soient-ils, n’apportent pas la même valeur agronomique et économique à nos territoires.
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