dimanche, février 8
Will Lewis, à Washington, le 5 novembre 2023.

La tempête souffle toujours sur le Washington Post. Quelques jours après un vaste plan de suppressions d’emplois dans ce pilier du journalisme américain détenu par Jeff Bezos, c’est au tour du directeur général et directeur de la publication, le Britannique Will Lewis, de quitter l’entreprise.

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Dans un courriel adressé au personnel et révélé sur les réseaux sociaux par l’un des journalistes du quotidien, Will Lewis déclare qu’« après deux années de transformation du Washington Post, c’est le bon moment » pour lui de « se retirer ». Il est remplacé immédiatement par Jeff D’Onofrio, directeur financier du journal depuis l’année dernière après une carrière dans les plateformes et la publicité numériques, a annoncé le média américain.

Will Lewis, ancien journaliste qui avait obtenu un scoop historique à la fin des années 2000 sur les dépenses des parlementaires au Royaume-Uni, avait été nommé en janvier 2024 avec la mission de redresser la barre du quotidien historique. Le Washington Post, qui a à son actif la révélation du scandale du Watergate et de multiples prix Pulitzer, est en crise depuis plusieurs années.

L’annonce, mercredi, d’un plan de suppression d’environ 300 journalistes sur 800 a créé un choc, dans un contexte de rapprochement du propriétaire du journal et fondateur d’Amazon Jeff Bezos avec Donald Trump, un président qui attaque la presse traditionnelle depuis son retour au pouvoir.

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Plusieurs services affectés voire supprimés

Durant le premier mandat de républicain, le journal s’était plutôt bien porté grâce à sa couverture jugée sans concession. Mais quand Donald Trump avait quitté la Maison Blanche, l’intérêt des lecteurs s’était émoussé et les résultats ont commencé à dégringoler.

Le journal perd de l’argent depuis plusieurs années, selon la presse. Il avait subi une hémorragie d’abonnés lorsque sa direction a refusé de prendre parti avant la présidentielle de 2024, remportée par Donald Trump. Beaucoup y ont vu la main de Jeff Bezos, qui, trois mois plus tard, s’est affiché au premier rang lors de la cérémonie d’intronisation de Donald Trump, et dont le groupe Amazon a financé le documentaire Melania dédié à la première Dame. Ses entreprises ont d’importants contrats avec l’Etat fédéral, du stockage de données à l’espace.

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« Sous ma direction, des décisions difficiles ont été prises, pour assurer un avenir durable au Post, pour qu’il puisse pendant de nombreuses années à venir publier des informations de haute qualité non partisanes à des millions de clients chaque jour », a écrit Will Lewis.

Une grande partie des correspondants à l’étranger, dont l’intégralité de ceux couvrant le Moyen-Orient ainsi que ceux en Russie et en Ukraine, ont été licenciés. Les services des sports, des livres, du podcast, des pages locales ou de l’infographie sont aussi particulièrement touchés voire presque intégralement supprimés.

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« C’est l’un des jours les plus sombres de l’histoire » du journal, avait regretté sur Facebook Martin Baron, ancien rédacteur en chef du journal et figure du journalisme américain.

Aux Etats-Unis comme ailleurs, les médias historiques sont en difficulté du fait de la baisse de leurs revenus publicitaires et des abonnements, face à la concurrence des réseaux sociaux et des recettes en ligne qui restent faibles par rapport à ce que rapportait autrefois la publicité imprimée.

Selon le Wall Street Journal, le Washington Post a perdu 250 000 abonnés numériques après s’être abstenu d’apporter son soutien à la candidate démocrate et le journal a perdu environ 100 millions de dollars en 2024 en raison de la baisse des revenus publicitaires et des abonnements. Cependant, certains quotidiens nationaux américains comme le New York Times et le Wall Street Journal ont réussi à se redresser, ce que le « Post », même avec un mécène milliardaire, n’a pas réussi à faire.

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Le Monde avec AFP

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