mercredi, janvier 7

Le narcotrafic n’est pas un effet collatéral des régimes autoritaires contemporains. Il est devenu, dans bien des cas, leur infrastructure invisible. Il ne finance pas seulement des activités criminelles : il soutient des appareils sécuritaires, achète des fidélités, remplace des économies effondrées, maintient en vie des Etats qui, autrement, n’auraient plus ni ressources ni légitimité. Lorsque la politique cesse de produire de la légitimité, la drogue produit de la liquidité. Et la liquidité produit du pouvoir.

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Le Venezuela est l’exemple le plus abouti de cette transformation. Ce n’est pas un pays producteur de cocaïne, mais l’un des principaux nœuds logistiques du trafic mondial. Aéroports militaires, ports, documents officiels, protections armées : ce qui devrait garantir la souveraineté est utilisé comme service d’Etat au narcotrafic. Le prétendu Cartel de los Soles n’est pas un cartel au sens classique : c’est une structure militaro-institutionnelle, un système de couverture permettant au trafic colombien de traverser le pays sans entrave.

Une distinction s’impose ici. Un narco-Etat au sens strict est un Etat qui ne pourrait survivre sans l’économie de la drogue. En ce sens, le Venezuela n’en est pas un : le pouvoir chaviste est né d’un régime politico-militaire fondé sur le pétrole. Mais le pays présente des formes avancées de narcoétatisation : des secteurs des forces armées gèrent des trafics de drogue et d’or, les institutions garantissent l’impunité, l’économie illégale devient plus rentable que l’économie officielle. Le Venezuela n’est pas un Etat de la drogue, mais un Etat qui utilise la drogue comme instrument de survie du pouvoir. La différence est décisive – et d’autant plus dangereuse.

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