Livres. Rares sont les livres d’agents secrets ou de magistrats antiterroristes qui ne sont pas consacrés avant tout à leur propre gloire. Ceux que l’aride matière terroriste intéresse vraiment liront donc utilement deux ouvrages d’un abord pas forcément facile mais qui sont particulièrement riches en informations ou en analyses. Le premier, Et tuez-les partout où vous les trouverez (La manufacture de livres, 316 pages, 22,90 euros), est le fait d’un ancien agent des services de renseignement, qui a pris pour pseudonyme Abou Djaffar pour garder l’anonymat ; le second, Antiterrorisme. La traque des jihadistes (Plon, 380 pages, 21,90 euros), est né de la rencontre entre un mandarin universitaire, Gilles Kepel, et un juge, Jean-François Ricard. Les deux livres se complètent, le second entrant dans le détail judiciaire d’affaires évoquées dans le premier. Le premier trace une fresque du djihad mondial, tandis que le second s’attache aux détails des attentats djihadistes, vus depuis la France.
Quand et où est né le djihadisme ? Pas forcément en Afghanistan dans les années 1980 lors de la guerre contre l’Union soviétique, comme on le lit souvent, répond Abou Djaffar – dont l’ouvrage est titré d’après un verset de la sourate de la vache, souvent citée dans la prose djihadiste.
Apparue simultanément en Egypte, en Syrie, en Arabie saoudite et en Algérie dès la seconde moitié des années 1970, cette idéologie est avant tout le résultat d’une radicalisation de la pensée des Frères musulmans dans un contexte de répression brutale par des régimes arabes non pas laïques mais dictatoriaux et socialisants − sauf dans le cas saoudien, où le wahhabisme d’Etat a produit son propre extrémisme. Par cette mise au point, Abou Djaffar fait foin des théories fumeuses − et souvent d’extrême gauche − selon lesquelles le djihadisme est l’enfant terrible de la CIA, qui aurait financé (c’est faux) sans réfléchir les ennemis de l’URSS avant qu’ils ne se retournent contre l’Amérique.
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