Deux personnalités politiques qui plaident pour une transformation du « système ». Dominique de Villepin et François Ruffin ont débattu pendant plus d’une heure ce mercredi 2 septembre en vue de l’élection présidentielle de 2027, un échange lors duquel ils ont témoigné du respect qu’ils ont l’un pour l’autre, malgré leur statut d’adversaire.
L’ancien Premier ministre de droite a fait part à plusieurs reprises ces dernières semaines de sa « volonté » de se présenter à l’élection et le député de gauche a déjà annoncé sa candidature, qui ne passera pas par la primaire organisée par le Parti socialiste. Voici ce qu’il faut retenir de cette rencontre à l’Académie du Climat, un lieu de réflexion situé à Paris.
• Un échange marqué par de nombreuses convergences politiques
Tous deux fondateurs de petits mouvements, Dominique de Villepin et François Ruffin se trouvent dans une situation particulière pour cette élection. Sans être épaulés par de plus importantes formations, seront-ils présents au premier tour en avril 2027?
Chacun a insisté sur la menace d’une victoire de Marine Le Pen, François Ruffin refusant le « train de la fatalité » y menant, Dominique de Villepin souhaitant que « le train fou de l’histoire ne déraille pas dans les bras du Rassemblement national ».
François Ruffin et Dominique de Villepin ont reconnu des convergences, jusqu’à un éventuel rapprochement? « On se renifle », a ironisé François Ruffin. « Il y a un diagnostic partagé et un horizon qui a des points communs », a-t-il ajouté.
• Sur l’environnement, « taxe carbone » contre « travaillisme écologique »
Dénonçant une « régression écologique », Dominique de Villepin s’est revendiqué d’un « éco-gaullisme », appelant à une « grande transformation ». « Il faut la planification » écologique, mais « elle doit aujourd’hui s’incarner » avec l’inscription dans la Constitution de « la neutralité carbone d’ici 2050 », a-t-il plaidé.
L’ex-Premier ministre souhaite la mise en place d’une « taxe carbone » pour donner « un avantage à tout ce qui n’est pas le recours à l’énergie fossile ». Un « point de désaccord » avec François Ruffin, qui estime que « la taxe carbone, ça n’a pas marché dans la population », une référence au mouvement des gilets jaunes notamment.
De son côté, le fondateur du parti Debout a estimé que l’été passé, marqué par les canicules et les feux de forêts, montre une « faillite des élites ». Le défi climatique « suppose de tout transformer », a déclaré le député. « Cela suppose que le travail soit valorisé » pour œuvrer à cette transformation, a-t-il expliqué, rappelant son souhait d’un « travaillisme écologique ». Il a mis en avant la rénovation des logements, des passoires thermiques en particulier.
• Alignement sur l’importance de la « souveraineté » de la France
Sur la géopolitique, l’un des sujets de prédilection de Dominique de Villepin en tant qu’ex-ministre des Affaires étrangères (2002-2004), le probable candidat a affirmé qu’il « faut que la France redevienne la France, c’est-à-dire une puissance de référence en matière de droit international, en matière de justice et en matière de paix ». Elle doit pour cela créer autour d’elle « un pôle alternatif à la confrontation qui se dessine tous les jours entre la Chine et les États-Unis », a-t-il déclaré.
Même son de cloche du côté de François Ruffin, qui a appelé la France et l’Europe à « proclamer leur indépendance ». L’élu a affirmé qu' »on ne peut pas avoir une politique industrielle sans politique commerciale » pour la « souveraineté » de la France. « Il faut passer d’une mondialisation malheureuse à une démondialisation heureuse », a-t-il ajouté, dénonçant la « machine du libre-échange ». Dominique de Villepin s’est montré « 100% d’accord sur l’idée d’une grande politique commerciale », rappelant néanmoins qu’elle est du ressort de l’Union européenne.
• Face à la dette publique, réformes des niches sociales et fiscales et « États généraux de la fiscalité »
D’emblée, François Ruffin a tenu à rappeler l’un des échecs politiques de Dominique de Villepin, instigateur du contrat première embauche (CPE), qui n’a jamais vu le jour face à une large mobilisation de la jeunesse. Celle-ci s’est opposée dans la rue à ce contrat à durée indéterminée destiné aux moins de 26 ans, assorti d’une longue période d’essai – deux ans -, pendant laquelle l’employeur pouvait licencier le « jeune » sans motif. « J’ai manifesté contre », a déclaré François Ruffin dès le début du débat. « Le CPE, c’est bien dans l’optique de la réparation que je l’ai fait », a répondu l’ex-Premier ministre, devant « l’absence totale de perspective qui était donnée aux jeunes des banlieues ». Il a néanmoins dit avoir « retenu la leçon », soulignant avoir enterré cette réforme « même si la loi avait été votée ».
Sur la situation financière du pays, Dominique de Villepin a estimé qu' »on ne peut pas fermer les yeux sur cette situation budgétaire, sur cette dette qui va croissant, et sur les intérêts de la dette qui sont littéralement en train de nous dévorer ». Il a glissé au passage un tacle au RN, pour lequel « c’est haro sur les immigrés, c’est haro sur l’Europe ». L’ex-Premier ministre veut réformer un « impensé » de la politique française, les niches sociales et fiscales, et la CSG (contribution sociale généralisée).
« La question de la dette publique, ce n’est pas quelque chose que je considère comme secondaire », a abondé François Ruffin. Sa solution serait de cibler les plus fortunés, via la fiscalité. « On doit avoir comme objectif minimal que les firmes paient autant d’impôts que le boucher du coin. On doit avoir comme objectif que les milliardaires ne paient pas moins d’impôts en proportion que leur secrétaire ou que les infirmières », a-t-il déclaré.
Dénonçant un pays « camé aux subventions », François Ruffin s’est dit en faveur d' »États généraux de la fiscalité » pour une « discussion sur ce qui est le fondement » du contrat social.
Article original publié sur BFMTV.com



