samedi, janvier 24

« Travail gagnant » : c’est avec ce slogan que le président des Républicains, Bruno Retailleau, a présenté, le 7 janvier, son programme économique, prétendument en rupture avec la politique menée par les gouvernements d’Emmanuel Macron depuis presque neuf ans. A l’analyse, ses propositions apparaissent pourtant plutôt comme un durcissement de celle-ci, et ce, sans qu’aucun enseignement n’ait été tiré de ce qu’il faut bien considérer comme un échec.

Echec, les ordonnances de 2017, qui ont supprimé quatre « critères de pénibilité », précisément ceux sur lesquels les conditions de travail françaises sont les pires comparées à nos voisins.

Echec, la lutte contre le chômage, alors que le président de la République prétendait rattraper les meilleurs élèves européens. Certes, le taux de chômage français a bien diminué, passant de 9,5 % au troisième trimestre 2017 à 7,1 % – son point le plus bas – au premier trimestre 2023. A cette époque, nous étions pourtant très loin des taux de chômage allemand, néerlandais ou danois (de 3,2 %, 3,5 % et 5,2 % en 2023) ou de celui de l’Union européenne (6,1 %). Pire, alors que le pourfendeur du modèle social français s’enorgueillissait d’avoir créé 2 millions d’emplois, près de 40 % de ceux-ci s’expliquaient par l’explosion du nombre de contrats d’apprentissage dont le coût prohibitif pour les finances publiques (25 milliards d’euros par an) s’est accompagné de considérables effets d’aubaine. Une autre partie de ces emplois est constituée de microentrepreneurs, dont le nombre a très fortement augmenté, mais dont les conditions de vie sont peu désirables : 670 euros de revenus par mois en moyenne…

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Echec, la politique dite du work first (« travailler d’abord »), autrefois prônée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), selon laquelle un emploi même de très mauvaise qualité vaudrait mieux que pas d’emploi du tout et qui consiste à multiplier les sanctions à l’égard des chômeurs ou des allocataires de minima sociaux, considérés comme des paresseux ou des fraudeurs pour les « inciter » à revenir sur le marché du travail. Depuis 2017, les gouvernements français sont parvenus à réduire la protection procurée par l’assurance-chômage. Les évaluations ont montré que ce durcissement s’était traduit par un moindre accès à l’indemnisation, pour les personnes en contrat de courte durée, les plus jeunes et les personnes peu diplômées. Belle réussite !

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