
Le Rendez-vous des quais, ce pourrait être le titre d’un polar américain de série B. On n’y est pas du tout : il s’agit d’une fiction tournée à la volée à Marseille, sans autorisation, au début des années 1950. Nul malfrat, nul traquenard sanglant, mais une idylle entre Robert, un jeune docker, et Marcelle, ouvrière dans une biscuiterie. Le film a pourtant été, de facto, interdit jusqu’en 1990.
Le titre, Le Rendez-vous des quais, est, en effet, à la fois sentimental et politique. C’est celui, galant, que fixe en ouverture Robert à Marcelle sur le Vieux-Port ; c’est aussi l’appel à la mobilisation. Le film se déroule durant la grève des dockers français, en 1950, contre la guerre d’Indochine, qui essaima dans tous les grands ports à partir de Marseille. Les dockers remettaient en cause la précarisation de leur travail, mais aussi sa nature : ils devaient désormais trop souvent charger des machines de guerre à bord, et débarquer des cercueils.
Le réalisateur, Paul Carpita (1922-2009), a toujours vécu à Marseille. Fils d’un docker et d’une poissonnière, ancien résistant, plus que jamais communiste, devenu instituteur, caméraman autodidacte, il s’implique dès la Libération dans un collectif nommé Cinépax, dont l’objet est de réaliser des « contre-actualités » projetées en douce dans un cinéma phocéen.
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