mardi, mars 24

Les mots sont crus, parfois insoutenables. Comme le sont les situations décrites. L’actrice Judith Godrèche publie le 9 janvier 2026 Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux (Seuil) récit de sa relation avec le cinéaste Benoît Jacquot, lorsqu’elle avait 14 ans et avec qui elle a vécu près de six ans. Il en avait alors 39.

« Ce livre a été pensé sous une forme libre, un peu déconstruite, comme un puzzle. Il est pour moi le reflet de la destruction dont j’ai été victime enfant », explique Judith Godrèche dans un entretien à l’AFP, le décrivant comme « un acte de résistance » qui fait « partie de la reconstruction ».

Dans ce livre, dont Le Monde publie des extraits, elle le nomme BJ, évoque son « sexe tranchant », et décrit l’emprise qu’il exerçait sur l’enfant qu’elle était alors. « Comment aime-t-on une enfant dont on fait sa femme tout en sachant qu’elle est une enfant? », s’interroge-t-elle. Elle décrit sa violence et son chantage affectif lorsqu’elle a essayé de le quitter. « J’ai peur de tes coups, peur de ta faiblesse, peur de tout ce qui émane de toi », écrit-elle.

Dans les colonnes du magazine Elle, la comédienne, qui a été la première à parler dans le milieu du cinéma, assure que « le prix à payer est conséquent ». Elle indique ne se voir proposer aucun rôle de comédienne, « même pas une figuration pour traverser la rue ».

« Vu mes prises de position, je ne suis peut-être pas le meilleur atout aujourd’hui », lâche-t-elle aussi.

« Passe à autre chose »

Dès le lendemain de son poignant discours sur la scène des César, en février 2024, dans lequel elle dénonçait un « trafic illicite de jeunes filles » dans le monde du cinéma, on lui conseille dans la profession de « passer à autre chose ». Elle le raconte dans son livre.

« Tu vas tout gâcher », lui glisse ainsi une connaissance, qui lui conseille « investis-toi dans ta carrière maintenant. »

Devenue une figure de la lutte contre les violences sexuelles dans le cinéma, Judith Godrèche a porté plainte pour viol le 6 février 2024 contre Benoît Jacquot Elle a également porté plainte contre le cinéaste Jacques Doillon, qu’elle accuse de viol sur mineur, sur le tournage du film La Fille de 15 ans.

Dans le sillage de Judith Godrèche, d’autres actrices ont témoigné contre Benoît Jacquot, comme Vahina Giocante, Julia Roy et Isild Le Besco.

« Machine à broyer »

En juillet 2024, Benoît Jacquot a été mis en examen pour « viol, agression sexuelle et violences » et pour « viol sur mineure par personne ayant autorité », dans le cadre de l’information judiciaire ouverte après les plaintes de Judith Godrèche et d’autres actrices. Benoît Jacquot comme Jacques Doillon contestent ces accusations.

Judith Godrèche est également à l’origine d’une commission d’enquête sur « les violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité » en 2025. Une commission qui a débouché sur des propositions pour lutter contre ces violences et a permis de montrer leur caractère systémique dans le milieu, véritable « machine à broyer des talents ».

Revenue en France après une décennie aux États-Unis, Judith Godrèche a réalisé la série télévisée Icon of French Cinema, une comédie diffusée par Arte en 2023 qui s’inspire de sa vie.
Elle a ensuite présenté au festival de Cannes en 2024 un court-métrage, « Moi aussi », pour redonner une image à des centaines de victimes de violences sexuelles.

Judith Godrèche tourne actuellement un téléfilm, Mémoire de fille, tiré du roman d’Annie Ernaux.

Article original publié sur BFMTV.com

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