
Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a ouvert une nouvelle porte à un rapprochement avec les Etats-Unis, rappelant qu’il était toujours « prêt » à discuter avec son homologue américain, Donald Trump.
Caracas est soumis à une forte pression de Washington qui a déployé une flottille de guerre dans les Caraïbes et a durci les sanctions pétrolières contre le pays sud-américain, saisissant au moins deux bateaux transportant du brut vénézuélien. Donald Trump accuse le président Maduro d’être à la tête d’un vaste réseau de narcotrafic que l’intéressé dément, accusant les Etats-Unis de vouloir le renverser pour s’emparer des réserves de pétrole du pays, les plus grandes de la planète.
« Que cherchent-ils ? Il est clair qu’ils cherchent à s’imposer par la menace, l’intimidation et la force », a déclaré Nicolas Maduro, à la chaîne publique VTV lors d’une interview diffusée jeudi 1er janvier, ajoutant qu’il est temps pour les deux nations de « commencer à parler sérieusement, avec des données concrètes ».
« Le gouvernement des Etats-Unis le sait (…) : s’ils veulent discuter sérieusement d’un accord de lutte contre le narcotrafic, nous sommes prêts ; s’ils veulent du pétrole du Venezuela, le Venezuela est prêt pour des investissements américains, comme avec [le groupe pétrolier américain] Chevron, quand ils le veulent, où ils le veulent et comme ils le veulent », a-t-il déclaré. Chevron est la seule grande compagnie pétrolière à exporter du pétrole brut vénézuélien vers les États-Unis. Le Venezuela possède les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde.
« Aux Etats-Unis, ils doivent savoir que, s’ils veulent des accords de développement économique, ici au Venezuela, [nous le voulons] aussi ! », a insisté M. Maduro, précisant qu’il n’avait pas eu de deuxième conversation téléphonique – après celle qui a eu lieu en novembre – avec le président Trump.
Au moins 115 victimes dans des frappes maritimes américaines
L’interview a été enregistrée le soir du Nouvel An, le jour même où l’armée américaine a annoncé des frappes contre cinq bateaux soupçonnés de trafic de drogue. Ces dernières attaques portent à 35 le nombre total de frappes maritimes recensées et à au moins 115 le nombre de victimes, selon les chiffres communiqués par l’administration Trump.
Le président républicain a justifié ces attaques comme une escalade nécessaire pour endiguer le trafic de drogue vers les Etats-Unis et a affirmé que les Etats-Unis étaient engagés dans un « conflit armé » avec les cartels de la drogue. Les frappes ont débuté au large des côtes vénézuéliennes des Caraïbes et se sont ensuite étendues à l’est de l’océan Pacifique.
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Par ailleurs, Nicolas Maduro a évité, jeudi, de confirmer ou de démentir l’attaque américaine sur des installations portuaires au Venezuela, évoquée par Donald Trump. Ce dernier a affirmé, lundi, que les Etats-Unis avaient détruit une zone de mise à quai utilisée par des bateaux accusés de participer au narcotrafic au Venezuela, ce qui serait la première frappe terrestre américaine sur le sol vénézuélien. La Maison Blanche a évoqué à plusieurs reprises la possibilité d’une intervention américaine dans le pays.
« Cela peut être un sujet dont nous parlerons dans quelques jours. Très certainement, nous pourrions discuter d’ici quelques jours », a affirmé M. Maduro en répondant à la question « Votre gouvernement n’a ni confirmé ni démenti cette information [d’attaque terrestre] ».
« Ce que je peux te dire, c’est que le système de défense nationale a garanti et garantit l’intégrité territoriale, la paix du pays et l’usage et la jouissance de tous nos territoires. Notre peuple est en sécurité et en paix », a-t-il ajouté à l’adresse du journaliste espagnol Ignacio Ramonet, à qui il accorde tous les ans une interview diffusée par la chaîne publique.
Libération de prisonniers et tensions persistantes
Le chef d’Etat vénézuélien a également fait part de sa surprise de voir la fin de la coopération récente entre les deux pays sur l’expulsion de migrants vénézuéliens vers leur pays, un thème prioritaire pour Donald Trump. « Nous étions parvenus à un accord (…) Tout fonctionnait parfaitement, et il y a trois semaines, les autorités » américaines « ont renoncé à continuer d’envoyer des migrants », a-t-il expliqué.
Les vols de transport de migrants se sont poursuivis pendant une grande partie de la crise avant que Washington ne les suspende en décembre : « Ils parlent de la question migratoire, mais ce sont eux qui ont suspendu l’accord sur la migration (…) Si un jour il y a de la rationalité et de la diplomatie, [ces sujets] pourraient parfaitement se discuter », a-t-il ajouté.
En fonction depuis 2013, Nicolas Maduro a été proclamé vainqueur de la présidentielle de 2024 par le Conseil national électoral (CNE) qui n’a jamais communiqué les résultats détaillés du scrutin, évoquant une attaque informatique. Les Etats-Unis ainsi qu’une grande partie de la communauté internationale n’ont pas reconnu la réélection de M. Maduro pour un troisième mandat de six ans.
Gage de bonne volonté ou simple geste pour les fêtes ? Les autorités vénézuéliennes ont annoncé, jeudi, la libération de 88 personnes emprisonnées après l’élection présidentielle de 2024, une semaine après la libération de 99 autres détenus pour Noël. Elles restent toutefois sous le coup de procédures judiciaires. Une mission de l’ONU a récemment souligné que la répression s’était intensifiée ces derniers mois au Venezuela, alors que l’opposition parle de « portes tournantes » des prisons, soulignant que les arrestations se poursuivent alors que des détenus sont libérés. Selon l’ONG Provea, il y a quelque 700 détenus politiques dans le pays.




