jeudi, janvier 1

Y a-t-il combinaison plus toxique ? MAGA et high-tech, Mar-a-Lago et la Silicon Valley, le national-populisme façon Donald Trump propulsé par les géants du numérique, la démagogie de l’un au service de la mégalomanie des autres. L’« affaire Thierry Breton » est le révélateur, chimiquement presque parfait, de la nature du pouvoir américain aujourd’hui. Celui-ci est le produit d’un attelage diabolique, populisme et haute technologie, qui cache à peine son ambition : affaiblir, sinon démanteler, la démocratie libérale. Aux Etats-Unis comme en Europe.

Le mariage du mouvement MAGA, Make America Great Again, avec les titans de l’Internet n’a rien de circonstanciel. Ils sont structurellement liés, explique l’essayiste italien Giuliano da Empoli dans son dernier livre, L’Heure des prédateurs (Gallimard, 2025). L’émergence de ceux qui façonnent l’économie de demain accompagne l’ascension du parti qui entend « rendre à l’Amérique sa grandeur d’hier » (« Make America great again »). Pas de campagne Trump en 2016 sans Twitter (racheté en 2022 par Elon Musk et devenu X). Et sans une mobilisation à coups de tweets signés « realDonaldTrump », pas de « marche » sur le Congrès le 6 janvier 2021.

Les réseaux sociaux, où « la viralité l’emporte sur la vérité », dit Giuliano da Empoli, sont l’organe de diffusion du national-populisme – ce mélange de « y a qu’à », de complotisme, de gros mensonges, de nihilisme antiélitiste et d’ultranationalisme. C’est sur les réseaux que s’est formée et s’est épanouie une communauté virtuelle antisystème qui rêve de disruption, sinon de révolution. Dans cet espace, les faits ne sont que des opinions (celles des « autres »). Supplantant les médias traditionnels, soumis aux règles sur la diffamation, les plateformes numériques sont devenues le moyen d’information d’une majorité d’Américains.

Attachement à la post-vérité

Les sanctions prises le 23 décembre 2025 par l’administration Trump contre cinq Européens reflètent les intérêts communs du mouvement MAGA et de la high-tech américaine. Thierry Breton, ancien commissaire européen, et quatre militants contre la désinformation numérique sont accusés d’appartenir à un « complexe industriel » chargé de « censurer » les idées américaines sur le Vieux Continent et au Royaume-Uni. Les « cinq » sont bannis du territoire des Etats-Unis.

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