samedi, février 14

“Je n’y croyais pas. Ma mère et moi étions dans cette pièce quand elle m’a annoncé la terrible nouvelle : mon père est perdu en mer. Impossible. Inimaginable. Je doutais, je refusais d’admettre qu’il était parti pour toujours”, raconte, chagriné, Seydina Gning, aîné de sa famille.

Son père avait pris les pirogues cinq ans auparavant, direction l’Espagne. À l’époque, le jeune garçon n’avait que 10 ans. Aujourd’hui, il se souvient plus que jamais de ce moment qui allait bouleverser son avenir.

Sur le littoral de Thiaroye-sur-Mer [à quelques kilomètres à l’est de Dakar], le bruit des vagues semble porter le poids des départs. Ce quartier célèbre de Dakar porte les stigmates de la migration irrégulière. Les conversations entre voisins tournent souvent autour des départs : les rêves d’un meilleur destin, les promesses de travail à l’étranger, les risques des traversées et les retours incertains.

Des femmes et des hommes discutent des moyens de réunir les fonds pour le voyage, économies, micro-activités locales, soutiens familiaux. Au milieu de ces voix qui cherchent des réponses, les enfants. Souvent oubliés et pourtant les plus affectés par les décès dans la migration irrégulière.

“J’ai pleuré la mort de mon père”

Pour certains enfants, l’annonce survient comme un coup de tonnerre puis la confusion s’installe pendant plusieurs mois, parfois toute une vie. Seydina Gning réalise au fil du temps l’ampleur de l’absence de son père et confie : “Malgré mon jeune âge, j’avais une relation cordiale avec lui. Il m’emmenait partout. J’ai pleuré la mort de mon père. Mais je peux dire que je suis plus chanceux que ma petite sœur qui n’a pas eu la chance de le connaître.”

Thiaroye-sur-Mer, à proximité de Dakar, capitale du Sénégal.. SOURCE : CONTRIBUTEURS OPENSTREETMAP

Thiaroye-sur-Mer, à proximité de Dakar, capitale du Sénégal.. SOURCE : CONTRIBUTEURS OPENSTREETMAP

Thiaroye-sur-Mer, à proximité de Dakar, capitale du Sénégal.. SOURCE : CONTRIBUTEURS OPENSTREETMAP

C’est aussi le cas de Khady Guèye, âgée de 6 ans. Trouvée dans une petite chambre, elle est déjà à l’interview, avec l’accord de sa maman. “Je ne connais pas mon père, mais j’ai vu sa photo. C’est ma maman qui me l’a montrée et elle m’a dit qu’il est en voyage”, confie la petite.

Son regard porte déjà un monde d’innocence et de questions. Fama, sa mère, préfère le silence aux explications douloureuses.

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