Livre. Depuis deux décennies, le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne s’emploie à repenser l’universalisme. Chacun de ses essais y revient, creusant toujours un peu plus le sillon. Son dernier ouvrage, Les Universels du Louvre, publié conjointement par cette institution et Albin Michel (240 pages, 22,90 euros), n’y échappe pas et emmène le lecteur dans une déambulation parmi les œuvres du musée, qui vient de réaménager son pavillon des Sessions. Désormais baptisé « galerie des Cinq Continents », cet espace ambitionne de favoriser un dialogue des cultures en exposant côte à côte œuvres européennes et pièces du monde entier.
« Le dialogue des cultures », c’est là justement le slogan du Musée du quai Branly, consacré aux arts et artéfacts non occidentaux, jusqu’à présent peu intégrés au Louvre. C’est cette dissymétrie qu’a questionnée le philosophe sénégalais durant un cycle de conférences donné fin 2024 dans les galeries de l’ancien palais royal, transformé en « musée universel » par Napoléon pour exposer, entre autres, des œuvres pillées lors de ses expéditions militaires.
Pour sortir de ce rapport de domination, Souleymane Bachir Diagne invite à présenter, dans un « apparentement », les œuvres – notamment occidentales, mais pas seulement – que l’humanité a produites. Ainsi le Louvre réaliserait-il sa vocation universelle, dans un « décentrement hors d’une vision de l’universalisme qui demeurerait sinon confinée dans la géographie de l’universalisme européen ». Il propose un rapprochement entre La Joconde, et son énigmatique sourire, « à l’expression pour toujours indéchiffrable du masque [africain] sans fossette : c’est tout le sens de la reconfiguration qui vise à “faire tomber les frontières” ».
L’universel à l’épreuve du colonial
Très éloigné de certaines approches militantes ou décoloniales – l’on peut penser à l’exigeant Programme de désordre absolu. Décoloniser le musée de l’historienne Françoise Vergès (La Fabrique, 2023) –, Souleymane Bachir Diagne se veut conciliant. Plutôt que de questionner l’universalité même du concept de musée, il préfère savamment interroger la place des œuvres non occidentales et islamiques au sein du Louvre.
Il vous reste 30.21% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.




