vendredi, février 6

Rachid Kheniche, 55 ans, a été condamné jeudi 5 février à dix-huit ans de prison pour avoir tué un octogénaire juif en le défenestrant en 2022 à Lyon, mais le mobile antisémite a été écarté par la cour.

La question de la circonstance aggravante de meurtre « commis en raison de la religion de la victime » a été au cœur des trois jours de procès devant la cour d’assises du Rhône. Les jurés ont, comme l’avocate générale, finalement écarté cette piste, que l’accusé avait vivement niée pendant toute la procédure et le procès.

Conformément aux expertises psychiatriques, et tenant compte de « difficultés psychiques », les jurés ont estimé que son discernement était altéré au moment du meurtre, ce qui atténue sa responsabilité pénale. La cour a aussi « tenu compte des circonstances terribles » de « ce crime qui a consisté à jeter un homme encore en vie du 17e étage », a dit la présidente de la cour. Ils ont donc prononcé une peine de dix-huit ans de prison, avec une période de sûreté des deux tiers, et six ans de suivi sociojudiciaire.

Rachid Kheniche a reconnu avoir tué son voisin et ami René Hadjadj, 89 ans, en le jetant de son balcon, assurant avoir eu « un coup de nerfs » après une dispute pour un motif obscur. Il a en revanche toujours nié être antisémite malgré des propos litigieux sur les réseaux sociaux.

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Mais pour retenir la circonstance aggravante, « la loi nous demande de repérer des faits » qui se sont produits « dans le même temps que le crime commis », a expliqué dans son réquisitoire l’avocate générale Amélie Cladière. Cela écarte donc notamment des tweets de l’accusé datant de 2020 sur lesquels la cour s’était longuement penchée, et où l’accusé parlait de « sayanim », terme complotiste utilisé pour désigner un agent dormant du Mossad.

Juste après avoir fait basculer M. Hadjadj dans le vide, M. Kheniche a pris des photos d’identité et un texte hébraïque trouvés dans la veste de sa victime et les a découpés. « Si dans le même temps il avait mis à la poubelle la Torah et les autres objets et attributs juifs qui étaient dans son appartement », cela aurait pu constituer un élément, a noté la magistrate. Mais « ce n’est pas le cas ».

« Obsédé »

« Je ne suis pas antisémite », a affirmé l’accusé pendant son procès, insistant sur son amitié pour la victime. « C’était mon seul repère », a déclaré cet homme instable, consommateur de cocaïne et d’héroïne, qui vivait isolé et sans emploi. Mystique, il assure que René Hadjadj l’a « aidé à découvrir le judaïsme ».

Il a peiné à expliquer son geste, renvoyant à sa « maladie » diagnostiquée pendant sa détention provisoire. L’un des experts interrogés a évoqué une « psychose paranoïaque », d’autres un « trouble grave de la personnalité », tous évoquant des syndromes de « persécution ».

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Son avocate, Me Océane Pilloix, a elle aussi écarté tout motif antisémite, estimant que les enregistrements et publications présentés au débat étaient incompréhensibles, incohérents et « pas assez en lien avec notre affaire ». Elle a mis en avant la « relation tendre » unissant les deux hommes avant les faits.

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Rachid Kheniche était « obsédé » par la religion juive, a pour sa part plaidé Me Alain Jakubowicz, conseil de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), parties civiles dans la procédure.

« Vous n’avez pas à déterminer si le mobile est antisémite » mais si l’accusé avait un « problème avec la religion juive », a avancé de son côté Me Muriel Ouaknine-Melki, avocate de membres de la famille de la victime et de l’Organisation juive européenne. « Force est de constater que tous (s) es persécuteurs portent des noms à consonance juive », a argumenté son collègue Me Oudy Bloch.

Le Monde avec AFP

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