Bruxelles a été le théâtre de manifestations violentes contre l’accord commercial entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur. Ce sont principalement de jeunes agriculteurs qui ont donné libre cours à leur désespoir et à leur colère en lançant du matériel lourd et des tonnes de pommes de terre contre les forces de sécurité. Leur message principal : « Stop Mercosur, le libre-échange détruit notre avenir. » Les jeunes agriculteurs ont le ventre noué par un avenir incertain : risques économiques croissants, impositions politiques et fardeaux émotionnels. Leurs revenus et leur capacité d’investissement dépendent de subventions que l’Union européenne pourrait ne plus offrir à l’avenir. Les marchés agricoles sont devenus imprévisibles et le changement climatique menace l’existence de leurs exploitations.
L’accord signé avec quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) jette aujourd’hui une lumière crue sur des décisions prises par le passé, lorsque la politique agricole européenne a été livrée au casino du commerce mondial. L’accord de Blair House, en 1992, entre les Etats-Unis et l’Europe a ouvert la voie aux multinationales de l’industrie agroalimentaire pour acquérir un pouvoir de marché des deux côtés de l’Atlantique. Seules les grandes exploitations agricoles ont eu accès à ce jeu. La grande majorité a été exposée à la volatilité des marchés mondiaux des denrées alimentaires et à la spéculation. Le Mercosur va accentuer la fragilité des agriculteurs européens et les rendre de plus en plus dépendants des flux internationaux de capitaux et de matières premières agricoles.
La politique agricole commune a été conçue à l’origine pour fournir une alimentation suffisante et abordable aux Européens et garantir un revenu équitable aux agriculteurs. Il en est allé autrement. Il y a aujourd’hui suffisamment de nourriture, mais une part croissante de celle-ci provient de l’étranger. La France, qui était exportatrice agroalimentaire nette depuis cinquante ans, ne l’est plus depuis 2025 (hors vins et spiritueux). Seules les très grandes exploitations agricoles françaises peuvent rivaliser avec celles des Etats-Unis ou d’Amérique latine. La grande majorité survit, si tant est qu’elle survive, grâce à des subventions de l’UE, qui représentent souvent plus de 70 % de leurs revenus.
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