lundi, septembre 14

Des acolades, quelques rires et beaucoup de larmes. Les témoignages des proches de Federico Martin Aramburu ont marqué cette sixième journée d’audience au procès de son assassinat.

Cecilia Aramburu s’est avancé la première à la barre. Depuis son ouverture, elle suit le procès de l’assassinat de son fils au casque traducteur. Mais ce lundi 14 septembre, c’est elle que la cour d’assises de Paris a entendu parler longuement de « Fede », abattu par balles en pleine rue, une nuit de mars 2022 à Paris.

« Je comprends qu’ici est l’endroit, le lieu et le moment pour parler de Federico », a-t-elle indiqué. « Mais pour nous, c’est très difficile de ne pas dire à voix haute que ce crime n’aurait pas dû avoir lieu, que ça aurait pu être évité. »

« Oui, Fede est mort »

Toute vêtue de noir, les cheveux ramassés en chignon par une pince, la voix de Cecilia Aramburu s’est rapidement serrée lorsqu’il lui a été demandé d’évoquer l’instant où elle a appris la mort de son fils de 42 ans. « Mon mari ouvre tous les jours son ordinateur à 7h30 pour lire les médias, mais ce matin-là, il ne l’a pas fait », a-t-elle rapporté.

« Il a reçu l’appel d’un ami qui lui a demandé: ‘qu’est-ce qui s’est passé avec Federico?' », poursuit-elle. « Il a senti qu’il s’agissait de quelque chose de grave. Il a raccroché, il a composé le numéro de Federico, et ça ne répondait pas. Il a appelé sa femme », a poursuivi Cecilia Aramburu. « Elle lui a dit: ‘oui, Fede est mort’. »

« Mon mari est venu dans la chambre, il m’a touché la jambe et m’a fait un signe pour que je sorte. Quand il a fait ce geste, j’ai cru voir un sourire sur son visage, je pensais qu’il avait une bonne nouvelle à m’annoncer. » C’est ainsi qu’elle a appris, depuis son salon en Argentine, le décès de son fils à plusieurs milliers de kilomètres d’elle.

Cecilia Aramburu a aussi profité de ce moment qui lui était offert pour rappeler à tous à quel point son fils était « un garçon bien ». « C’était un garçon joyeux, heureux ». Des qualités qui ont été rapportées par l’ensemble des proches de l’ancien international de rugby entendu aujourd’hui.

À commencer par Thomas Lievremont qui a rendu un hommage bouleversant à son coéquipier et ami Federico Martin-Aramburu, rencontré au Biarritz olympique. « Depuis sa mort, la vie n’est plus la même », a-t-il confié, en larmes. « J’ai perdu mon père il y a 14 ans d’une maladie, j’ai perdu mon frère il y a quelques mois d’une maladie, j’ai beaucoup souffert, mais le temps fait son œuvre. »

« Le manque de Fede par contre ne se comble pas », a-t-il poursuivi. « Fede incarnait la gentillesse à l’état pur. C’était quelqu’un de fiable, calme, généreux, affectueux. Il faisait preuve d’altruisme et d’un positivisme contagieux. C’était un facilitateur de vie, je crois que je n’ai jamais vu quelqu’un comme ça. » Fede était un « ami », « un frère » pour lui. « Il me manque et je ne comprends toujours pas pourquoi il est parti. »

Une « facilité incroyable à rassembler autour de lui »

Un autre grand nom du monde du rugby a rendu à son tour un hommage vibrant à Federico Martin Arambu: Gonzalo Quessada, entraîneur de rugby professionnel. « Il portait toujours ce sourire, cette joie de vivre, il avait cette facilité incroyable à rassembler autour de lui », a-t-il rapporté, en larmes, confiant pouvoir parler de cet ami des heures durant.

Interrogés l’un et l’un sur la très célèbre troisième mi-temps, les deux rugbymen ne l’ont pas caché: Arambu comme les autres aimait participer à ces fêtes festives et alcoolisées. Mais l’un et l’autre l’ont également assuré, l’ex-rugbyman international n’a jamais eu d’excès de violence au cours de ces soirées. « On a fait beaucoup de soirées avec Fede en Argentine, en Espagne, rue de la soif à Paris », a rapporté Gonzalo Quessada. « Je n’ai pas vu une fois où il a été mêlé à une bagarre. »

À la barre, Cecilia Aramburu a quant à elle partagé un moment douloureux pour une mère: les funérailles de son fils. « J’ai commencé à parler de la haine, j’ai dit qu’il a été tué par la haine. » Thomas Lievremont a lui le poème Invictus.

« Il m’a demandé quel poème aimait mon fils, je lui ai dit que c’était ce poème », dit la mère de famille. Dans ce court texte, William Ernest Henley écrit ceci: « Je n’ai jamais gémi ni pleuré, Meutri par cette existence, Je suis debout bien que blessé. » Ce texte était le poème préféré de Nelson Mandela qu’il récitait et enseignant en détention.

Après le choc du décès, la mère de Federico Martin Arambu a découvert le CV de Loïk Le Priol, renvoyé pour « assassinat » et de Romain Bouvier, jugé pour « tentative d’assassinat ». Depuis leur box, les deux trentenaires ont écouté tête baissée les différentes prises de paroles des proches de l’ex-rugbyman international.

« On ne savait pas du tout ce qu’était l’extrême droite en France. Tout ça est arrivé après… Quand on a appris que c’étaient des gens qui ne devaient pas se rencontrer, que c’étaient des récidivistes », a poursuivi la mère de Federico Martin Aramburu. « Il s’agissait d’une double peine en plus de la douleur de perdre un fils qui est indescriptible, indicible, c’est quelque chose qu’on ne peut même pas imaginer. »

« Impunité »

« Il est tombé sur des gens qui sont sortis de chez eux avec de la violence, des armes à feu, de la haine et peut-être aussi de l’impunité », a-t-elle ajouté. Sa prise de parole s’est clôturée par une série de photos de Federico Martin Aramburu. En silence, l’assistance a découvert ou redécouvert Fede au travers de photos prises en compagnie de ses proches, de sa famille, mais aussi le pouce en l’air dans les locaux d’Esprit Basque, la société qu’il avait créé avec son ami et associé Shaun Hegarty et que sa veuve s’efforce de faire vivre aujourd’hui.

Article original publié sur BFMTV.com

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