- Le 11 septembre 2001, les terroristes d’Al-Qaïda ont détourné quatre avions et tué près de 3.000 personnes aux États-Unis.
- Le soir même de l’attaque terroriste la plus meurtrière de l’histoire, le président américain lançait le début de la « guerre contre le terrorisme », qui dure encore aujourd’hui.
- Vingt-cinq ans après, que reste-t-il de cette mouvance djihadiste ? TF1info a exploré la question avec Marc Hecker, spécialiste des questions de terrorisme à l’Ifri.
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Il y a 25 ans jour pour jour, dix-neuf terroristes d’Al-Qaïda tuent 2.977 personnes dans une série d’attentats aux États-Unis. Le soir des attaques, le président George W. Bush déclare la « guerre contre le terrorisme
« . Celle-ci débute le 7 octobre 2001 en Afghanistan, berceau d’Al-Qaïda.
« Dans les premiers mois de ce qu’on a appelé l’opération ‘Enduring Freedom’, qui était le début de la guerre globale contre le terrorisme, Al-Qaïda a subi des pertes très importantes, de l’ordre de 80% des combattants mis hors de combat, soit arrêtés, soit blessés, soit tués
« , rappelle Marc Hecker, directeur exécutif de l’Institut français des relations internationales (Ifri) et auteur de Daech au pays des merveilles.
Vingt-cinq ans après, que reste-t-il d’Al-Qaïda ? Malgré la mort d’Oussama ben Laden, tué en 2011 par l’armée américaine, la mouvance djihadiste reste active dans plusieurs zones et a revendiqué l’attentat contre Charlie Hebdo, en 2015. Pour TF1info, Marc Hecker fait le point.
TF1info : Comment Al-Qaïda s’est-il maintenu en vie ?
Marc Hecker : Ce qui a permis à Al-Qaïda de tenir, c’est une stratégie de décentralisation qui a pris deux formes : la première est géographique et régionale. Il y a eu la création de « filiales ». En Irak en 2004, Al-Qaïda a su bénéficier de l’ouverture de ce deuxième front de la guerre globale contre le terrorisme. Ensuite, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) en 2006-2007 et Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) en 2009. Et ainsi de suite, y compris après la mort d’Oussama ben Laden. On a eu les Chebabs en Somalie qui ont rejoint Al-Qaïda en 2012. Al-Qaïda au sous-continent indien (AQIS) a été créé en 2014. Le groupe a réussi à perdurer, ce qui en soi est assez remarquable, compte tenu de la force de l’antiterrorisme et du contre-terrorisme qu’il s’est vu opposer.
La deuxième forme a, elle, été numérique. Ils ont investi Internet, les forums, les réseaux sociaux, avant que Daech ne reprenne ce type de méthode ultérieurement.
La chose la plus importante pour Al-Qaïda c’est de survivre et de se développer en tant qu’entité, quasiment en tant que marque
La chose la plus importante pour Al-Qaïda c’est de survivre et de se développer en tant qu’entité, quasiment en tant que marque
Marc Hecker, directeur exécutif de l’Ifri.
Comment opère Al-Qaïda aujourd’hui ?
Les fronts actifs les plus importants pour Al-Qaïda se situent en Afrique. Particulièrement au Sahel, où le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, est en ce moment dans une dynamique très forte. En 2026, il a notamment réussi à attaquer l’aéroport de Bamako, à tuer le ministre de la Défense au Mali et à imposer un blocus à la capitale.
Dans la Corne de l’Afrique, al-Chabab est toujours très puissant. On peut considérer qu’au Sahel, comme en Somalie, les partisans d’Al-Qaïda se comptent en milliers. Dans un récent rapport onusien, les effectifs d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique sont, eux, estimés à environ 2.000 combattants. Ce sont des fronts importants, mais cela reste des djihads régionaux. Il n’y a vraisemblablement pas de capacité d’exportation de violences, de fomenter et réaliser des attentats comme ceux du 11 septembre 2001.
Comment se positionne l’organisation par rapport à Daech ?
Aujourd’hui, Al-Qaïda n’est plus l’acteur unique de la mouvance djihadiste internationale, il est en compétition et même en guerre ouverte avec Daech. Ce dernier avait, dans un premier temps, réussi à prendre l’ascendant sur Al-Qaïda, en annonçant la restauration du califat en 2014 et en parvenant à conquérir des pans entiers de la Syrie et de l’Irak. Les choses se sont ensuite rééquilibrées et, aujourd’hui, il est difficile de dire si l’un ou l’autre est plus fort, cela dépend des théâtres.
Daech a néanmoins l’ascendant sur la propagande de manière nette, et les individus qui passent à l’acte dans les pays occidentaux le font souvent au nom de Daech. C’est sans doute lié à l’effet de marque et à l’impact des symboles. Il y a aussi des questions générationnelles : le califat d’il y a dix ans parle probablement plus aux jeunes générations que le 11-Septembre d’il y a 25 ans.
Comment les objectifs d’Al-Qaïda ont-ils évolué ? Peut-il à nouveau s’attaquer aux pays occidentaux ?
Ben Laden avait défini des objectifs maximalistes : Al-Qaïda voulait « chasser les juifs et les croisés des terres d’Islam », donc éliminer Israël et toute présence américaine. 25 ans plus tard, les États-Unis sont toujours sur place, Israël existe toujours et est un acteur fort de la région. Le chef d’Al-Qaïda voulait aussi renverser les régimes « apostats » du monde arabe, mais il n’y est pas parvenu. À plus long terme, l’objectif d’Al-Qaïda était de rétablir le califat. Cette mythologie califale demeure dans la sphère djihadiste internationale.
Il y a des endroits où ils sont dans une logique de contrôle territorial, une logique qui est plus insurrectionnelle que terroriste, comme au Sahel et dans la Corne de l’Afrique. Mais la chose la plus importante pour Al-Qaïda, c’est quand même de survivre et de se développer en tant qu’entité, en tant que marque quasiment.
Concernant la projection d’attaques en Europe ou aux États-Unis, je pense que ce n’est pas l’envie qui leur manque mais la capacité. Mais j’ajoute immédiatement un bémol : cette envie ne fait sans doute pas l’unanimité, car elle exposerait les différentes entités liées à Al-Qaïda à de fortes représailles. Certains groupes privilégient aujourd’hui nettement la carte régionale.



