Deux poids, deux mesures? Me Christophe Cariou-Martin, l’un des avocats de la famille de Federico Aramburu, partage sa colère contre les hommages à Quentin Deranque de ces derniers jours, auprès de BFMTV.
Federico Aramburu, ancien rugbyman argentin installé en France, a été abattu par deux militants d’ultradroite du Groupe union défense (GUD) sur le boulevard Saint-Germain à Paris, le 19 février 2022.
Le conseil de la famille du joueur fustige, ce vendredi 20 février, l’assymétrie entre les hommages accordés au militant identitaire, tabassé à mort le jeudi 12 février dernier par des membres de l’ultragauche à Lyon, et le silence du gouvernement à l’époque du meurtre de Federico Aramburu.
« Le déballage actuel est à vomir. Ce bruit assourdissant, en comparaison du silence politique d’il y a quatre ans, est une monstruosité violemment assénée aux amis et à la famille de Federico Aramburu, ainsi qu’à toutes les victimes, avant et après lui », dénonce Me Christophe Cariou-Martin.
Une « absence de retenue » des politiques « indigne »
L’avocat dénonce « le spectacle et les appels partisans » des hommes et des femmes politiques à la suite du lynchage de Quentin Deranque. « Par cette absence de retenue, cette récupération et cette martyrisation des extrêmes —qui ne sont que haines de l’autre—, la politique actuelle se montre indigne des sacrifices de tous les inconnus qui ont œuvré pour faire de la France un État de droit et une démocratie », écrit-il.
« Trop de jeunes meurent parce que des chefs et des doctrines irresponsables les dressent les uns contre les autres », juge Me Christophe Cariou-Martin.
Le meurtre de Federico Aramburu a d’ailleurs refait surface ce mardi à l’Assemblée nationale lorsque Mathilde Panot a estimé qu’il « faut méconnaître l’histoire pour accepter la victimisation de l’extrême droite et prétendre que les violences seraient à gauche ». « Il vous aura fallu ce drame pour enfin sortir du silence. Nous ne vous avons pas entendu sur l’assassinat du rugbyman Federico Aramburu, ni sur les 12 personnes tuées par l’extrême droite depuis 2022 », a accusé l’élue insoumise.
Les propos de Mathilde Panot ont fait vivement réagir le Premier ministre Sébastien Lecornu. « Ce que vous venez de faire est absolument ignoble et abject », lui a lancé le chef du gouvernement. « On peut avoir des divergences politiques mais lorsqu’on est un humaniste, on n’oppose pas un mort à un autre mort. Il n’y a pas une violence acceptable dans un sens et inacceptable dans un autre. Le refus de la violence, c’est pour tout le monde, en tout temps, en tout lieu », ajoute encore le chef du gouvernement, applaudi par des élus macronistes jusqu’au Rassemblement national.
« Il n’y a pas eu de condamnation du gouvernement »
En juin dernier, la mère du rugbyman, Cecilia, avait interpellé le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, pour condamner le silence du gouvernement de l’époque après le drame. La place Beauvau était alors occupée par Gérald Darmanin.
« Je voudrais rappeler que quand le crime de notre fils, Federico, a eu lieu, c’était une période électorale. Il n’y a pas eu de condamnation du gouvernement. Personne ne s’est manifesté. Nous avons appris que les auteurs étaient des personnes très dangereuses, qu’ils ne pouvaient pas être ensemble, qu’ils étaient armés, et qu’ils avaient un arsenal chez eux et armes à la ceinture. Il y a clairement eu des manquements dans toutes les procédures. Le silence officiel a été terrible. »
Les deux principaux suspects du meurtre, Loïk Le Priol et Romain Bouvier, connus pour appartenir à la mouvance d’ultradroite et déjà condamnés pour des violences, seront jugés pour « tentative d’assassinat » et « assassinat », devant la cour d’assises de Paris.
Article original publié sur BFMTV.com




