samedi, janvier 31

  • En février, le défi « Off February » invite à se déconnecter des réseaux sociaux et à réduire son temps d’écran.
  • Mais comment y parvenir quand le smartphone est devenu indispensable au quotidien ?
  • Pour TF1info, trois médecins addictologues partagent leurs recommandations pour décrocher.

Après le Dry January, c’est un nouveau défi qui se présente pour le mois de février : déconnecter des réseaux sociaux et des plateformes en ligne, et retrouver du temps libre. Les règles sont simples : supprimer les applications de réseaux sociaux de son téléphone (sans nécessairement supprimer ses comptes). Lancé par le mouvement OFF (nouvelle fenêtre), ce challenge rejoint aussi une tendance croissante sur les réseaux sociaux de déconnexion. « En moyenne, les adultes en ligne passent 16% de leur temps d’éveil sur les feeds sociaux et vidéo, ce qui représente plus de la moitié de leur consommation média en ligne totale (33h30/semaine)« , note l’agence We Are Social dans leur dernier rapport (nouvelle fenêtre).

Mais la déconnexion peut se révéler plus facile à dire qu’à faire, tant les appareils connectés sont ancrés dans notre quotidien. Pour TF1info, Alexandre Baguet, Juliette Hazart et Pierre-Emmanuel Rozier, trois addictologues, partagent quelques conseils pour mener à bien ce défi. Ils expliquent tous les trois que l’enjeu n’est pas d’arrêter entièrement les écrans, mais plutôt de modérer leur utilisation. 

« Si une personne se rend compte que son temps d’écran est de huit heures par jour, le but n’est pas d’être à zéro le lendemain », explique Pierre-Emmanuel Rozier, « c’est plutôt d’être à une heure par jour dans six mois ». Comme lui, Juliette Hazart et Alexandre Baguet recommandent des « objectifs atteignables ». Ce dernier ajoute : « L’idée est de trier ce que l’on va garder en termes d’usage de l’écran et ce que l’on va diminuer, voire arrêter. »

Réfléchir à son usage des écrans et occuper le « temps retrouvé »

Pour fixer ces objectifs, les médecins recommandent de prendre un moment d’introspection pour évaluer son rapport aux écrans et aux réseaux sociaux. Quand est-ce que je vais sur mon téléphone ? Dans quel but ? « Il faut aussi se demander si, quand on repose le téléphone, on a répondu à son besoin initial », souligne Juliette Hazart, médecin addictologue. Elle ajoute que cette phase de réflexion peut aussi servir à identifier ses « auto-saboteurs », comme la Fear Of Missing Out (FOMO), ou le besoin de validation sociale à travers les likes. « L’addiction ne survient pas par hasard. Au début, elle a souvent une fonction positive pour la personne », rappelle l’addictologue, qui précise que ceux-ci peuvent avoir un terrain favorable à l’addiction ou une vulnérabilité, ce qui rend l’excès problématique.

Pour Alexandre Baguet, chef du service addictologie du CHU de Rouen, la phase d’introspection s’accompagne aussi d’une réflexion sur ce que l’on va faire du « temps retrouvé », c’est-à-dire le temps qui ne sera pas passé sur son smartphone. Comme ses confrères, il met notamment en avant la possibilité de faire de l’activité physique – « pas nécessairement du sport », mais peut-être aussi de la marche ou toute autre activité physique aimée. De son côté, le Dr Rozier rappelle que plusieurs activités peuvent être effectuées sans téléphone, comme la course, la cuisine (en reprenant des recettes de livres), ou encore aller au cinéma.

Plusieurs gestes du quotidien à mettre en place

Pour réussir à ne pas passer trop de temps sur son smartphone, les trois addictologues suggèrent plusieurs gestes faciles pour éviter d’avoir trop envie d’aller sur son téléphone. 

D’une même voix, ils suggèrent par exemple de désactiver ses notifications – « De toute façon, vous êtes dans la matrice, vous irez toutes les quinze minutes », ironise Pierre-Emmanuel Rozier, addictologue au Centre Hospitalier des Pyrénées. Les trois médecins recommandent de s’allouer des temps de consultation de son téléphone, mais de ne pas le regarder entre ces plages prédéfinies. « Ça peut même être très fréquent, peut-être deux fois par heure pour se rassurer, mais entre-temps, l’attention n’est pas fragmentée et on réapprend l’attention et la concentration« , explique le Dr Hazart.

En présence de ses proches et de sa famille, les médecins recommandent de mettre tous les téléphones de côté, particulièrement pendant les repas. « Ce n’est pas un doudou, c’est un objet mercantile », cite le Dr Rozier, en se référant à son étude Projets-Écrans, qu’il mène avec le CNRS. Cela permet aussi de passer des moments privilégiés avec ses proches pendant une période sans réseaux sociaux. Le Dr Baguet recommande d’ailleurs de parler de sa déconnexion avec ses proches : « il faudra accepter que l’on ne pourra pas répondre immédiatement aux messages, ce qui est un besoin que l’on s’est créé avec les smartphones. »

Le phénomène de craving

Comme le Dry January pour la consommation d’alcool, le but du défi « Off February » est de réfléchir à son rapport aux écrans. « Si vous réinstallez vos applications ou que vous remettez votre smartphone en mode notifications, c’est qu’il y a un phénomène de craving », explique le Dr Rozier. Dans les cas où vous ressentez cette envie impérieuse et irrépressible de vous saisir de votre téléphone, « il y a peut-être besoin de pouvoir se faire aider ». Et de rappeler : « Se faire aider aujourd’hui, pour les addictions légères, ce n’est pas forcément être hospitalisé ou voir des psychothérapeutes : c’est déjà la prise de conscience et la mise en place de stratégies de diminution. »

Lara CLERC pour TF1 Info

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