
L’armée syrienne a affirmé, dimanche 18 janvier, avoir pris le contrôle d’Al-Tabqa, une localité stratégique du Nord, progressant au prix d’intenses combats contre les forces kurdes, qui jouissaient d’une autonomie de facto depuis plus de dix ans dans la région.
Malgré les appels de Washington et Paris à cesser son offensive, le président islamiste, Ahmed Al-Charaa, étend son emprise sur de nouveaux pans du pays, après avoir accordé vendredi aux Kurdes des droits nationaux inédits, mais jugés insuffisants par les autorités kurdes. Les troupes d’Ahmed Al-Charaa se rapprochent désormais de Rakka, ancien bastion du groupe djihadiste Etat islamique (EI) en Syrie.
Face à l’impasse dans les négociations du pouvoir central avec les Kurdes, qui contrôlent une partie du nord et du nord-est de la Syrie, les forces gouvernementales syriennes ont délogé leurs combattants de quartiers d’Alep (Nord) la semaine dernière. Elles les ont ensuite sommés de se retirer d’une zone située entre l’est de cette ville et le fleuve Euphrate.
Attaques meurtrières
Après avoir massé des renforts et bombardé vendredi des positions kurdes, l’armée a progressé samedi dans cette zone, les deux côtés faisant état d’attaques meurtrières. Au petit matin dimanche, les autorités de Damas ont annoncé contrôler la ville d’Al-Tabqa, dans la province de Rakka, « y compris le barrage sur l’Euphrate, qui est le plus grand de Syrie », selon le ministre de l’information, Hamza Moustafa, cité par l’agence de presse officielle SANA. Les combattants kurdes affirment pourtant que cette localité, à une quarantaine de kilomètres de Rakka, ne faisait pas partie de l’accord de retrait qu’ils avaient accepté.
SANA a ensuite affirmé que les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, avaient fait sauter dans la nuit les deux ponts menant à Rakka, coupant la ville de la zone sur la rive occidentale qu’ils ont été sommés de quitter.
Rakka, dans la province du même nom, était considérée comme la capitale de l’EI avant qu’il soit défait, en 2019, par les FDS, soutenues par une coalition internationale dirigée par les Etats-Unis. La minorité kurde avait alors profité du chaos de la guerre civile pour s’emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, incluant champs pétroliers et gaziers.
Un peu plus d’un an après avoir renversé Bachar Al-Assad, Ahmed Al-Charaa, un ex-djihadiste, veut désormais rétablir l’autorité de Damas sur l’ensemble du territoire syrien.
Dès samedi matin, les correspondants de l’Agence France-Presse (AFP) ont vu l’armée entrer dans la ville de Deir Hafer, à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alep, tandis que les combattants kurdes s’en retiraient. Les FDS ont fait, en revanche, état, outre les combats à l’est d’Alep, d’« intenses affrontements » dans cinq localités à l’est de l’Euphrate, entre Deir ez-Zor et la frontière irakienne. Les autorités de Deir ez-Zor, également sur le fleuve, ont accusé les forces kurdes de bombarder le centre-ville, sous contrôle gouvernemental.
« Sabotage du processus de paix »
Les combats entre l’armée syrienne et les forces kurdes dans le nord-est de la Syrie sont « une tentative de saboter le processus de paix » lancé en Turquie avec la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a dénoncé son chef, Abdullah Öcalan, dimanche matin.
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Le 27 février 2025, le chef du PKK avait appelé le mouvement à se dissoudre et à déposer les armes afin de mettre un terme à plus de quatre décennies de combats qui ont fait au moins 50 000 morts, répondant ainsi à une initiative d’Ankara.
L’offensive de l’armée syrienne a provoqué l’inquiétude de pays occidentaux, dont les Etats-Unis, qui ont récemment levé leurs sanctions imposées à Damas sous Bachar Al-Assad.
Le commandement central militaire américain pour le Moyen-Orient (CentCom) a exhorté les forces syriennes à cesser toute attaque dans la zone située entre Alep et Al-Tabqa, appelant à « une coopération étroite entre les partenaires syriens ».
« Une Syrie unie et stable passe par l’intégration des Forces démocratiques syriennes en son sein et non par la guerre contre celles et ceux qui ont combattu Daech [l’acronyme arabe de l’EI] à nos côtés », a déclaré sur X le président français, Emmanuel Macron. « L’offensive des autorités syriennes doit cesser immédiatement. »
Le pouvoir a conclu en mars un accord avec les Kurdes pour intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l’Etat, mais son application bute sur les exigences contradictoires des deux parties, toutes deux soutenues par Washington.




