vendredi, janvier 30

  • Face à la fatigue du « dating » moderne, le « retromancing » prône moins de volume et plus de qualité.
  • Ce retour au romantisme « old school » invite à prendre du temps pour des rencontres approfondies.
  • La thérapeute Anissa Ali explique à TF1info cette nouvelle tendance et ce retour assumé à des codes amoureux jugés « désuets ».

Les nouveaux fragments du discours amoureux, se composeraient-ils uniquement de mots en « -ing ».? On connaissait le ghosting, le breadcrumbing, le love-bombing. Des mots qui désignent des comportements toxiques et des attitudes ambivalentes qui fragilisent le lien amoureux. Mais tous les mots en « -ing », dans le dictionnaire des relations modernes, ne concernent pas que les relations toxiques. De l’autre côté de l’Atlantique, une nouvelle notion vient de faire son apparition, le retromancing. « C’est le fait de remettre du temps, de l’intention et du rituel dans la rencontre amoureuse. Dit autrement, appeler plutôt que liker, inviter plutôt que swiper, prêter attention plutôt que survoler« , explique la thérapeute conjugale et familiale Anissa Ali à TF1info. 

Inventée par le site de rencontre Plenty of Fish, le terme est apparu dans certains médias américains (nouvelle fenêtre) et anglo-saxons (nouvelle fenêtre) « pour désigner ce retour assumé à des codes jugés ‘désuets’ : lettres, rendez-vous pensés, lenteur choisie« , estime l’autrice de « Dating : la grande illusion ». Rien de révolutionnaire mais « c’est un retour aux sources du romantisme d’antan« , explique Michael Kaye, l’expert en rencontres chez Plenty of Fish au HuffPost (nouvelle fenêtre). Après tout, c’est ainsi que nos grands-parents, parents et la génération Millennials se rencontraient et tombaient amoureux avant l’apparition des sites et applications de dating. Pour Anissa Ali, « c’est une requalification« . Et d’ajouter : « Je pense qu’on a juste inventé un mot pour dire : reprenons l’amour au sérieux, apportons-lui du soin, de l’intention, de la présence« . L’expert de Plenty of Fish indique d’ailleurs que leurs recherches montrent que « la génération Z est à l’avant-garde de cette tendance, avec plus d’un tiers d’entre eux qui adoptent ce style de rencontres plus doux et plus sentimental ».

Moins de volume, plus de présence

La culture du swipe et l’hyperchoix ont fini par déclencher un ras-le-bol généralisé. Lassés par les relations dysfonctionnelles et les attitudes toxiques et irrespectueuses, de nombreux célibataires délaissent ces applications. On appelle ça la « dating fatigue ». La thérapeute note que « les célibataires ne sont pas épuisés d’aimer, ils sont épuisés de se présenter comme un produit, de négocier leur valeur à coups de profils et d’algorithmes, et de recommencer encore et encore« . D’où cette volonté de se tourner vers le romantisme old school, parce que ce retromancing « propose une économie inverse : moins de volume, plus de présence. Il redonne au lien une valeur qualitative plutôt que quantitative. Il me semble que le retromancing répond à un besoin de sécurité symbolique dans un univers amoureux devenu instable, voire répulsif« .

Concrètement, l’application de ce romantisme à l’ancienne se traduit par une sortie de la logique de consommation. « On prépare un rendez-vous, on choisit un lieu, on se rend disponible mentalement et émotionnellement. On privilégie la continuité plutôt que la dispersion. On accepte qu’une rencontre mérite du temps et de l’exclusivité« . Un appel plutôt que des messages, un dîner préparé ou un pique-nique plutôt qu’un verre en terrasse, des gestes d’attention, des mots doux écrits à la main plutôt que des cadeaux extravagants. En gros, on date comme on le faisait dans les années 90 ou avant ! Pour Anissa Ali, « le retromancing remet de la dramaturgie douce là où le dating contemporain a imposé une logistique sèche, froide, voire violente« .

« Le romantisme devient problématique lorsqu’il sert à éviter les conversations structurantes sur l’engagement »

Anissa Ali, thérapeute conjugale et familiale

Si le retromancing invite les célibataires à prendre leur temps, ce n’est pas pour éviter la question de l’engagement, mais le rendre possible. Cette lenteur ne doit pas devenir une excuse au flou, à l’indécision et à la fameuse « situationship« . C’est le principal piège et c’est là qu’il faut être vigilant. Un bouquet de fleurs fait plaisir, mais ce n’est pas une parole engageante, un dîner dans un bon restaurant n’excuse pas un comportement blessant. « Le romantisme devient problématique lorsqu’il sert à éviter les conversations structurantes sur l’engagement, les attentes et la temporalité« , insiste Anissa Ali. Elle précise : « Une relation qui prend son temps, mais refuse de se nommer ou de se positionner ne devient pas profonde : elle devient floue« . 

Autrement, une relation sans clarté, sans engagement, mais avec des fleurs et des chocolats, c’est une situationship chic. Mais pas une relation saine. Le retromancing, lui, restaure « trois piliers fondamentaux : l’attention, la cohérence et la continuité« . Mais surtout, il est une manière de rappeler que « l’amour n’est pas un flux, mais une véritable construction« . 

Sabine BOUCHOUL pour TF1 INFO

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