Sur Facebook, les publicités pour recruter des responsables informatiques sont massivement montrées aux hommes, et celles pour des postes de secrétaires quasi uniquement montrées aux femmes. C’est ce qu’il ressort d’une expérimentation menée dans six pays, entre 2021 et 2023, dont la France, par Global Witness, Fondation des femmes et Femmes Ingénieures – le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Irlande, l’Inde et l’Afrique du Sud ont également été étudiés.
Il s’agit d’une « discrimination indirecte en lien avec le sexe », déplore aujourd’hui la Défenseure des droits. En France, les trois associations ont ainsi créé des publicités pour cinq postes différents à destination des utilisateurs français de la plateforme, indistinctement, sans préciser de caractéristiques (genre, âge, situation familiale…) particulières.
Une fois leurs annonces en ligne, elles ont cependant pu constater grâce à l’interface de gestion accessible aux diffuseurs que l’algorithme montrait majoritairement celles pour un poste d’auxiliaire petite enfance, de secrétaire et de psychologue à des femmes (jusqu’à 94 %, pour l’annonce « auxiliaire petite enfance » publiée en 2022), et celles pour des postes de pilote de ligne ou de responsable infrastructure informatique à des hommes (jusqu’à 85 % pour l’annonce « responsable informatique » publiée la même année).
Trois mois pour « garantir le caractère non discriminatoire »
« Le système mis en œuvre pour diffuser les offres d’emploi traite différemment les utilisateurs de la plateforme Facebook à raison de leur sexe », estime la Défenseure des droits dans une décision rendue le 10 octobre, et relayée mardi 4 novembre par Global Witness. Cette dernière souligne qu’il « semblerait que ce soit la première fois qu’un organisme de réglementation européen décide que l’algorithme d’une plateforme de médias sociaux discrimine en fonction du sexe, ce qui représente un grand pas en avant ».
Si elle enjoint Meta à « mettre en œuvre toute mesure de nature à garantir le caractère non discriminatoire de la diffusion de publicités pour des offres d’emploi » sous trois mois, la décision de la Défenseure des droits est cependant non contraignante, et tient davantage de la recommandation.
Celle-ci regrette en outre que Facebook France n’ait pas pour l’heure répondu à ses questions, tandis que Meta Irlande, le siège européen de l’entreprise, soutient que « le Défenseur des droits n’est pas compétent territorialement pour instruire ce dossier ». Facebook France n’avait pas non plus répondu aux sollicitations du Monde au moment de la publication de cet article.












