dimanche, janvier 25

« Gen Z » [personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010], Alpha [personnes nées entre le début des années 2010 et le milieu des années 2020], Bêta [personnes nées après 2025], nous sommes les premières générations à avoir grandi avec les réseaux sociaux, à bénéficier de l’incroyable apport d’Internet à nos sociétés et à pâtir des dangers qu’il amène. Pourtant, notre voix est absente du débat sur la régulation du numérique.

Comme les parents, les éducateurs et les décideurs publics, nous constatons nous aussi les impacts destructeurs des réseaux sociaux sur nos vies : la dégradation de notre santé mentale, la capture de notre attention et la polarisation de nos sociétés.

A ces maux profonds, le gouvernement et des parlementaires proposent l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Une mesure aveugle, au pire dangereuse, au mieux inefficace. Interdire ne prévient pas les préjudices des réseaux sociaux. Sans s’attaquer à la structure même des plateformes, relever arbitrairement l’âge légal d’accès aux réseaux sociaux de 13 ans à 15 ans contourne le cœur de la problématique : les algorithmes qui isolent, les mécanismes addictifs, l’exposition aux contenus dangereux et haineux. Loin de protéger, l’interdiction dégradera notre vie numérique, jeunes et moins jeunes.

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Comme le psychiatre Serge Tisseron l’expliquait récemment, dans une tribune au Monde, « découvrir les réseaux sociaux après 15 ans ne protège de rien ». Le problème concerne l’ensemble de la population : selon une enquête de GAE Conseil (2022), 28 % des adultes présentent une pratique à risque de cyberdépendance, et près de 8 % se disent totalement dépendants. Différer l’exposition aux réseaux sociaux ne changera rien : les plus jeunes continueront à contourner les règles, les plus de 15 ans seront victimes des mêmes mécanismes addictifs. Les adultes, souvent démunis et pris au piège, ne pourront pas donner l’exemple.

En ciblant les usages plutôt que les causes, la responsabilité pèse sur les adolescents, leurs familles et les éducateurs, tout en protégeant le modèle économique prédateur des plateformes. A la transformation de l’écosystème, on préfère l’interdit symbolique.

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