vendredi, janvier 16

La cause est entendue : l’usage compulsif des téléphones portables et des réseaux sociaux bouleverse nos sociétés. Formidables moyens de communication et de connaissance, ils peuvent aussi véhiculer la haine et la violence, devenir des instruments de manipulation et de harcèlement. Après bien des médecins, des psychologues, des enseignants et des parlementaires, une vaste étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire vient de documenter scientifiquement les dégâts de ce « bouleversement socioculturel majeur ».

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Ce rapport souligne les effets « multifactoriels » et « négatifs » sur la « santé mentale et physique » des jeunes. Le manque de sommeil, avec toutes ses conséquences néfastes, en est le plus flagrant. La surexposition aux écrans altère durablement les capacités intellectuelles des enfants et peut générer chez les adolescents des phénomènes de dépendance, de frustration et d’isolement. Les 7-19 ans y consacrent en moyenne entre trois et cinq heures par jour.

Cette déplorable réalité, commune à tous les pays développés, n’est pas une fatalité. Elle est largement liée au modèle économique des plateformes qui, fondé sur la monétarisation des données personnelles, cherche à capter l’attention des utilisateurs pour maximiser le temps passé en ligne, au besoin en exploitant de bas instincts comme la vengeance ou le voyeurisme.

Pression de plusieurs pays

Dans ce contexte, l’annonce, mercredi 14 janvier, par le réseau social X, propriété du milliardaire américain Elon Musk, de mesures destinées à « empêcher » Grok, son outil de génération de textes et d’images par intelligence artificielle, de partager des photos de personnes déshabillées constitue un signe qui doit encourager les opinions et les gouvernements à faire pression sur les géants du Net. Le recul limité de X fait suite à une vague d’indignation mondiale et à la pression de plusieurs pays. Le 8 janvier, la Commission européenne a enjoint au réseau social de conserver tous ses documents internes relatifs à Grok afin de nourrir une enquête européenne le visant.

Lire aussi l’analyse | Article réservé à nos abonnés Grok, l’IA d’Elon Musk, est avant tout une redoutable machine à désinformer

La santé des adolescents passe par la réglementation. Faire appliquer les règles européennes et leurs principes spécifiques face à la surpuissance des réseaux sociaux américains et chinois est une exigence. Cela n’empêche pas plusieurs pays de l’Union d’envisager des mesures particulières. En France, la volonté d’Emmanuel Macron d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et de bannir les portables dans les lycées ne saurait être réduite à la gesticulation d’un président aux pouvoirs rognés et à la recherche de thèmes populaires. Cette politique, portée à la fois par une proposition et un projet de loi, entend répondre à une large préoccupation du public et est soutenue, selon les sondages, par une très grande majorité des Français.

Affiche réalisée par des militants du collectif britannique « Everyone Hates Elon » (« tout le monde déteste Elon ») appelle les utilisateurs de du réseau social X à supprimer leurs comptes, à Londres, le 13 janvier 2026.

Si ces projets supposent un examen attentif sur le plan des libertés publiques, comme l’a souligné, le 8 janvier, l’avis critique du Conseil d’Etat, arguer de la vanité du contrôle qu’ils visent à instaurer – des contournements sont possibles –, voire de sa nocivité en matière de relations sociales, tient du paradoxe et risque de faire le jeu de la rhétorique libertarienne des plateformes. Des mesures clairement débattues et affichées aideraient les parents, notamment dans les milieux défavorisés, à gérer une situation qui les dépasse souvent. Qui peut prétendre qu’il faut s’abstenir de lutter contre un fléau sous prétexte que certains vont contrevenir aux règles édictées ?

Le Monde

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