
L’Assemblée nationale doit examiner, mercredi 28 janvier en fin de journée ou jeudi au plus tard, une proposition de loi visant à reconnaître et à réparer les préjudices subis par les mineurs réunionnais déplacés de force dans l’Hexagone entre 1962 et 1984, un scandale qui a touché plus de 2 000 enfants.
Le texte, présenté par la députée Karine Lebon, membre du groupe GDR (communistes et ultramarins), et adopté en commission des affaires sociales le 20 janvier, prévoit la création d’une commission pour la mémoire, l’institution d’une journée nationale d’hommage le 18 février et l’ouverture d’un droit à réparation sous forme d’allocation forfaitaire.
Entre 1962 et 1984, 2 015 mineurs ont été déplacés de La Réunion vers 83 départements hexagonaux, principalement ruraux. Cette politique visait officiellement à répondre au doublement de la population réunionnaise en trente ans et à repeupler des zones rurales. L’examen du texte pourrait intervenir dès mercredi soir selon l’avancée des débats parlementaires. Une cinquantaine de victimes ont fait le déplacement à Paris pour y assister.
« On leur disait : votre enfant reviendra vous voir tous les ans et il reviendra avocat, médecin, pilote. Evidemment, il n’en était pas question », a rappelé Karine Lebon lors de la conférence de presse de son groupe parlementaire, mardi. « Arrachés à leur famille et à leur île », ces enfants ont été confrontés à un « choc culturel, linguistique et climatique », résume le rapport de la commission des affaires sociales, qui ajoute que beaucoup ont subi des maltraitances et des humiliations, certains ayant aussi connu un changement d’état civil et ignorant encore leur vrai nom.
« L’Etat a le devoir de reconnaître cette erreur »
Le texte rebaptise ces victimes « mineurs de La Réunion transplantés » plutôt qu’« enfants de la Creuse », ce département ayant accueilli le plus grand contingent mais n’étant pas à l’origine de cette politique d’Etat. En 2014, l’Assemblée nationale avait adopté une résolution mémorielle reconnaissant la responsabilité de l’Etat. En 2017, Emmanuel Macron avait qualifié cette politique de « faute » ayant « aggravé la détresse » des enfants.
« Les enfants dits “de la Creuse” vieillissent. Ils sont parfois très en colère. Ils disent qu’ils n’ont pas eu la vie à laquelle ils auraient pu prétendre. Et l’Etat a le devoir de reconnaître cette erreur », a ajouté Karine Lebon. La proposition de loi s’appuie sur la loi de 2005 sur les rapatriés d’Afrique du Nord et de 2022 sur les harkis, qui avaient prévu des dispositifs similaires de reconnaissance et de réparation. L’allocation sera versée sur demande aux victimes ou à leurs descendants. Sur les 2 015 personnes concernées, entre 200 et 250 ont été clairement identifiées, a indiqué Karine Lebon en commission.




