dimanche, février 22

Le 3 février, devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les pratiques de la grande distribution, les enseignes l’ont admis elles-mêmes : « Nous n’avons pas de visibilité sur la part qui revient aux producteurs. » Guerre des prix, négociations structurellement déséquilibrées, étiquettes déconnectées des coûts réels de production… Et si l’invisibilité du revenu agricole était la véritable source de la colère qui secoue le monde paysan ?

Deux ans se sont écoulés depuis l’annonce, au Salon de l’agriculture, par le président de la République, Emmanuel Macron, de la mise en place de prix planchers pour les agriculteurs français. Une promesse forte, accueillie comme une réponse structurelle à la crise du revenu agricole. Elle avait même débouché, le 5 avril 2024, sur le vote en première lecture à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi.

Cette séquence politique confirmait une évidence : une majorité de Français et de leurs représentants ne comprennent plus l’injustice qui frappe celles et ceux qui les nourrissent. Dans un pays où l’on accepte difficilement de travailler à perte, les agriculteurs constituent pourtant l’une des rares catégories professionnelles pour lesquelles le revenu reste systématiquement la variable d’ajustement. Il n’y a pas de contrat de travail, ni de smic. Ce sont des indépendants. Et 16 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, et avec cette réalité absurde : ne pas se payer pour pouvoir continuer à produire.

Mal compris

Le contexte politique, la dissolution de l’Assemblée nationale, les caricatures qui émaillent le débat public – « Les prix planchers, c’est Cuba sans le soleil », a-t-on entendu au sein de l’opposition – ont fait oublier cette lueur d’espoir pour les agriculteurs. A l’heure où leur révolte a redoublé en raison de la signature d’un traité de libre-échange avec le Mercosur, qui ne les protège pas face à des importations de produits ne respectant pas les normes sociales et environnementales, il est temps de remettre la notion de prix plancher sur le devant de la scène, sans désinformation.

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