lundi, mars 9

En 2022, les Américains sont bien parvenus à modifier la trajectoire de deux astéroïdes. La Nasa en a la confirmation quatre ans après que sa sonde « Double asteroide redirection test » (Dart) a volontairement été envoyée s’écraser sur le plus petit des deux, baptisé Dimorphos.

La trajectoire de Dimorphos est désormais plus courte et plus rapide autour de Didymos, le deuxième astéroïde dont il est en fait le satellite – c’est un binôme. Et il n’a plus tout à fait la même rotation autour du Soleil. Il fallait, pour s’en assurer définitivement, que ce caillou de 160 mètres de diamètre achève dans l’espace, avec son compagnon, une orbite complète.

C’est la première fois que l’orbite d’un objet céleste autour de notre étoile est sciemment modifiée par la technologie humaine. L’orbite solaire de Dimophos, de plusieurs centaines de millions de kilomètres – 770 jours –, a bien été altérée par la manœuvre, se voyant raccourcie de 720 mètres.

Les nouvelles recherches rendues publiques par la Nasa, et publiées sur Science Advances, précisent que lorsque la sonde Dart a percuté intentionnellement Dimorphos, en septembre 2022, elle a non seulement modifié sa trajectoire autour de Didymos, mais elle a décalé l’orbite des deux corps autour du Soleil.

Liés par la gravité, Didymos et Dimorphos orbitent l’un autour de l’autre avec un centre de masse commun, formant ainsi un système binaire ; toute modification affectant l’un a donc des répercussions sur l’autre.

Les chercheurs ont étudié des « occultations stellaires », c’est-à-dire les moments où un astéroïde passe devant une étoile, provoquant un court affaiblissement de sa luminosité, rapporte l’auteur principal de l’étude, Rahil Makadia, dans les colonnes de l’Agence France-Presse.

De quoi obtenir des mesures particulièrement fines quant à la position, la vitesse et de la forme de Dimorphos. L’équipe internationale s’est appuyée sur des astronomes amateurs du monde entier, qui ont scruté méticuleusement 22 de ces occultations stellaires.

La nouvelle étude révèle que c’est en éjectant de la matière du système binaire que l’impact a également modifié sa période orbitale autour du Soleil de 0,15 seconde.

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« Même un changement minime peut se traduire par une déviation significative »

« 0,15 seconde » de différence au total, la déviation semble minime, sur le papier, mais elle n’est pas négligeable pour autant. Car elle va s’accumuler durant des décennies, ce qui peut in fine faire la différence entre un astéroïde pouvant potentiellement frapper la Terre, et un autre qui se contenterait de la frôler.

La stratégie consiste donc à donner une « pichenette » longtemps à l’avance à un astéroïde, plutôt que devoir faire appel à Bruce Willis et à une bombe nucléaire à la dernière minute, comme dans le film Armageddon.

« Avec suffisamment de temps, même un changement minime peut se traduire par une déviation significative », insiste Thomas Statler, un responsable scientifique de la Nasa, dans un communiqué.

Cela ne marche qu’à la condition de pouvoir repérer les dangers bien à l’avance. On estime à l’heure actuelle que nous n’avons détecté qu’un quart des astéroïdes d’une taille similaire à Dimorphos et capables de frapper la Terre. Des objets susceptibles de détruire une région entière s’ils venaient à toucher le sol.

Cette étude marque un progrès notable dans notre capacité à prévenir de futurs impacts d’astéroïdes sur la Terre.

Le but de cette expérience inédite était bien d’apprendre comment protéger l’humanité face à l’éventualité d’une menace future venue de l’espace profond. Ces analyses complémentaires offrent des données solides pour établir un plan de « défense planétaire » en cas de danger, souligne l’équipe internationale à l’initiative de l’étude.

« Les mesures incroyablement précises réalisées par l’équipe confirment une nouvelle fois l’efficacité » de cette technique, et montrent, selon l’agence spatiale américaine, comment un astéroïde binaire « pourrait être dévié en ne frappant qu’un seul des deux ».

La Nasa développe actuellement la mission NEO Surveyor, un télescope spatial de nouvelle génération spécifiquement conçu pour la défense de la planète bleue.

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