
Le terme « génie » peut bien sembler galvaudé, on n’en trouve pas d’autre à l’heure de parler de Béla Tarr, le plus grand cinéaste hongrois de sa génération, mort le 6 janvier des suites d’une longue maladie, à l’âge de 70 ans. Artiste discret et mélancolique, réputé austère mais adulé comme une rock star par l’avant-garde cinéphile, il fut un homme de peu de films (une dizaine en trente ans), des œuvres sculptées dans la glaise d’un formalisme époustouflant.
Héritier d’Andreï Tarkovski version athée, il était connu pour ses plans extensifs, qui filaient jusqu’au bout de la bobine, ses majestueux mouvements de caméra accueillant la sarabande de ses personnages effarés, son noir-et-blanc granitique qui repeignait le monde en ombres et lumières de grotte primitive. Une œuvre d’un noir absolu, un noir d’encre visqueuse, comme seule sut en inventer l’Europe centrale, qui avait pour cela de solides raisons.
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