- Rentrés des Jeux de Milan-Cortina, médailles d’or autour du cou, Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron savourent leur titre olympique.
- Le couple tricolore de danseurs sur glace, dont l’aventure a débuté il y a moins d’un an, redescend doucement de son nuage après avoir tutoyé l’Olympe.
- L’histoire d’un succès éclair sur laquelle les deux meilleurs amis à la ville reviennent pour TF1info.
Suivez la couverture complète
Jeux olympiques et paralympiques
Il ne leur aura fallu qu’un an pour relever ce pari fou. Alors que des couples de patineurs s’entraînent parfois pendant dix ans, et même plus, pour pouvoir simplement prétendre à un podium aux JO d’hiver, Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron ont réussi l’impensable, gravir l’Everest olympique, en seulement dix mois de collaboration.
Sortis en tête du concours après l’épreuve de danse rythmique, une prestation éclatante au son du tube culte « Vogue » de Madonna, saluée par la reine de la pop elle-même, les deux partenaires, meilleurs amis à la ville, ont décroché la médaille d’or, mercredi 11 février, aux Jeux olympiques de Milan-Cortina. Un titre obtenu à l’issue d’une performance hors du temps lors de leur programme libre, exécuté sur la bande-son hypnotisante du film The Whale
.
Pour se parer du plus précieux des métaux, le couple franco-québécois – lui est né à Montbrison, elle à Montréal – a livré un duel d’anthologie avec les triples champions du monde américains, Madison Chock et Evan Bates, ses camarades d’entraînement à l’Académie de glace de Montréal (nouvelle fenêtre), berceau de la crème de la crème du patinage mondial. Sur l’addition totale des scores, le binôme tricolore a arraché l’or pour 1,43 point. Une marge infime mais suffisante à son bonheur.
De retour de Milan, c’est tout sourire que Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron, en survêtements du Team France et médailles d’or autour du cou, ont retrouvé TF1info. Les champions olympiques se sont posés plus d’une demi-heure pour revenir sur leur défi relevé haut les patins.
Un rêve dont on a encore du mal à se réveiller
Un rêve dont on a encore du mal à se réveiller
Laurence Fournier Beaudry
Cela fait six jours que vous vous êtes parés d’or sur la glace des Jeux de Milan-Cortina. Avez-vous eu le temps de réaliser l’exploit inédit que vous venez d’accomplir ?
Laurence Fournier Beaudry : On est toujours sur notre nuage. On vit un rêve dont on a encore du mal à se réveiller.
Guillaume Cizeron : On n’y croit toujours pas, c’est assez irréel. On commence à peine à réaliser ce qu’on a accompli. Et aussi le chemin qu’on a parcouru ensemble pour en arriver là aujourd’hui. Depuis notre victoire, on essaie de savourer le plus possible, on profite de chaque moment. On sait que tout ce qu’on est en train de vivre ne durera pas éternellement.
Vous nous avez fait danser sur « Vogue » de Madonna, puis vous nous avez envoûtés sur la bande-son du film The Whale
. Comment réussit-on un tel contraste ?
G.C : C’est une des spécificités de la danse sur glace, on nous demande d’être extrêmement versatiles. Très jeunes, on apprend tous les styles de danse sportive, les danses de salon. On est habitués à passer d’un style à l’autre, de la danse classique à la danse contemporaine, en passant par le jazz. C’est un peu « Danse avec les stars » professionnel sur glace. On se réinvente perpétuellement, on touche à tout et on développe toutes nos facettes en tant que patineurs.
L.FB : Avoir deux cadres différents, ça nous pousse à nous dépasser. On doit être curieux et imaginatifs pour ne pas toujours proposer le même contenu. En explorant d’autres styles de danse, on aiguise notre fibre artistique.
On a été validés par Madonna
On a été validés par Madonna
Guillaume Cizeron
Madonna vous a félicités pour avoir performé sur son tube « Vogue ». Elle vous voyait déjà avec l’or autour du cou. Ça fait quoi de se voir « poper » sur son compte Instagram ?
L.FB : On a été très honorés. On s’imprègne beaucoup de la musique pour élaborer nos programmes. Madonna, c’est une artiste exceptionnelle, du plus haut niveau. Recevoir un message de sa part, c’est extrêmement flatteur.
G.C : On s’est dit : « C’est bon, on peut mourir tranquille ! » (rires)
On a été validés par la queen, la reine de la pop.
Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry validés par la reine de la pop, Madonna, c’est pas la classe ça ? 😎🥇 pic.twitter.com/3DKIgGlxhL — Eurosport France (@Eurosport_FR) February 11, 2026
Vous avez délivré une performance hors du temps avec un programme libre qui transpirait les émotions. Votre but était-il de tirer sur la corde sensible pour faire la différence ?
G.C : Lorsqu’on performe, on essaie avant tout de toucher le public, et donc les juges. On inclut tous nos éléments techniques avec l’ambition qu’ils servent l’histoire que l’on veut raconter. Entre deux performances parfaites, c’est celle d’où jaillit l’émotion qui gagne le cœur du public. Ce côté suspendu et magique permet d’aller chercher les meilleures notes. Avec Laurence, on avait pour objectif de patiner avec notre cœur. C’est comme ça qu’on arrive à se dépasser.
L.FB : Quand on va voir un spectacle, nous, en tant qu’athlètes et artistes, on oublie qu’il y a de la technique derrière. Elle est cachée, dissimulée, mais toujours présente. Quand on patine, on essaie d’embarquer le public qui nous regarde. On veut qu’il vive le moment, sans qu’il se mette à réfléchir ou à voir les petites fautes techniques que l’on pourrait faire. Quand la musique démarre, avec Guillaume, on est dans le partage pour emmener les gens là où on veut.
Revenons aux accusations américaines d’un potentiel favoritisme de la part de la juge française à votre encontre. Le délai pour faire appel est finalement dépassé. Êtes-vous soulagés que ce soit désormais derrière vous ?
G.C : On n’était pas vraiment inquiets. La Fédération internationale de patinage a soutenu ses juges dès le début des JO, assurant qu’il n’y avait pas eu d’erreur de jugement. Nous, en tant que spécialistes de notre sport, quand on regarde le détail des notes, on voit bien qu’il n’y a pas eu de favoritisme en notre faveur. On a été pénalisés pour les petites erreurs qu’il y a eues dans le programme libre. Mais on a pris assez de marge sur le reste de nos éléments pour que ça ne fasse pas de différence sur le résultat final.
Tout est très transparent dans les notations. On sait quel juge a mis quelle note sur quel élément. Même si on enlève la note de la juge française, le résultat reste le même. Pour avoir vécu moi-même une deuxième place aux Jeux (en 2018 à Pyeongchang, ndlr)
, on n’est jamais très content lorsqu’on a été si proche de gagner. Je comprends la réaction humaine qui a été augmentée par l’engouement des médias. Tout prend des proportions démesurées aujourd’hui. Mais je pense que tout ça va être rapidement derrière nous.
On partait d’une page blanche, c’était du jamais vu
On partait d’une page blanche, c’était du jamais vu
Laurence Fournier Beaudry
En dix mois de collaboration seulement, vous êtes devenus champions olympiques. Avec le recul, vous rendez-vous compte de la folie du pari que vous avez relevé ?
G.C : C’est ce qui fait la beauté de notre victoire. On s’était fixés un challenge que l’on pensait impossible, mais c’était ambitieux et excitant. On n’avait jamais patiné ensemble avant avec Laurence et moi je sortais de trois ans de retraite sportive quand même. Ce qui a choqué, c’est qu’on soit allé chercher la médaille d’or en dix mois seulement. Là où des couples qui patinent ensemble depuis quinze ans n’ont jamais approché un tel résultat. C’est notre fierté.
Quand avez-vous compris que ça pouvait marcher ?
L.FB : On a fait un saut dans le vide, on partait d’une page blanche où tout était à écrire. C’était du jamais vu, mais on s’est lancés à fond, on a décidé d’y croire, sans certitude sur ce qui allait se passer. Jour après jour, on a pris du plaisir et on s’est concentré sur le positif. On a vu toutes les nouvelles choses qu’on s’apportait l’un à l’autre, toutes les qualités qu’on était capables de faire ressortir l’un chez l’autre. Mais il n’y a pas un moment où on s’est dit : « Ça va le faire »
.
C’était une première fois pour tout. La première fois qu’on patinait ensemble, qu’on découvrait si nos lignes étaient semblables, qu’on envisageait des éléments artistiques. On a passé plein de tests au cours de la saison. Nos premières compétitions nous ont permis de voir si on avait les épaules pour supporter la pression. Et puis là, on vient de passer le test ultime, le test du barreau, avec les Jeux olympiques. Finalement, on a bien fait d’avoir la folie de croire en nous.

Avec l’échéance des Jeux olympiques, vous a-t-il fallu redoubler d’efforts pour être dans les temps ?
G.C : On a fait une fusion de nos visions, nos méthodes et nos envies. On entendait le tic-tac de l’horloge, on savait qu’on n’avait pas beaucoup de temps devant nous. Mais on est entrés dans un travail normal, entre guillemets, assez rapidement. Il n’y avait pas tant d’obstacles au niveau technique ou artistique pour s’ajuster l’un à l’autre. C’est allé très vite. Un peu comme pour un ballet, on a fait toutes nos bases ensemble. On les a alignées en une semaine. On savait, l’un comme l’autre, qu’on avait l’expérience et la connaissance pour poser les fondations rapidement.
C’est ce qui a surpris le plus. On a créé de l’harmonie, de la fluidité entre nous. Normalement, ça prend des années d’acquérir tout ça dans un couple : avoir les jambes au même niveau, fléchir en même temps, etc. En tant que patineur, on reconnaît les qualités chez l’autre. En ayant observé Laurence, je savais qu’on avait la même façon de patiner. C’est comme les styles vestimentaires, on se dit : « Oh tiens, lui, il s’habille comme moi ! »
On n’a pas été surpris.
Comment votre alliage a-t-il été perçu dans le milieu ?
G.C : Ça a surpris parce qu’on nous a connus dans des univers totalement différents, chacun avec un autre partenaire. Dans notre sport, étant donné que beaucoup de couples patinent pendant longtemps, on habitue le public à nous voir ensemble. On devient indissociables l’un de l’autre. Avec Laurence, on a créé une unité inhabituelle. Les gens étaient choqués, ils étaient inquiets. Ils se demandaient si on allait pouvoir faire oublier nos passés respectifs pour qu’on nous voie nous et pas nos fantômes, si le public allait recevoir ce qu’on allait leur proposer. Nous, dès le départ, en vivant la chose de l’intérieur, on n’avait pas de doute sur notre alchimie. On a su ne pas écouter ce qui se disait autour.
L.FB : On était tellement concentrés qu’on ne portait pas attention aux on-dit. On avait déjà créé notre propre bulle. Quand on faisait nos trois heures et demie d’entraînement sur la glace, le monde autour n’existait plus.
Ce qui nous arrive, je le prends comme un cadeau
Ce qui nous arrive, je le prends comme un cadeau
Guillaume Cizeron
Laurence, c’est votre premier titre olympique. Une médaille d’or que vous avez conquise, qui plus est, avec votre meilleur ami. La joie que vous ressentez en est-elle décuplée ?
L.FB : Bien sûr ! Quand vous gagnez avec quelqu’un que vous chérissez, la joie que vous ressentez est mille fois plus intense. Cette médaille, ce n’est pas que la mienne. C’est la nôtre, à Guillaume et à moi. Je ressens une gratitude infinie envers mon partenaire, mon meilleur ami. Ce qu’on vit ensemble, c’est quelque chose d’unique. Notre complicité donne une dimension particulière à ce titre olympique.
Pour vous, Guillaume, c’est le deuxième. Vous êtes le premier patineur à gagner deux médailles d’or consécutives avec deux partenaires différentes. L’émotion que vous procure ce titre est-elle la même que pour le premier ?
G.C : Je ne les comparerai pas. On parle de deux projets tellement différents. Le premier titre à Pékin en 2022 était attendu, ce qui ne le rend pas moins beau pour autant. C’était le point culminant d’une carrière avec Gabriella (Papadakis
, ndlr).
Avec Laurence, il n’y a pas que la médaille qui était inattendue, l’aventure l’était aussi. Elle a été faite de hasards, de décisions fortes, de travail et de chance. Ce qui nous arrive est assez surréaliste, je le prends comme un cadeau.
Se parer d’or aux Jeux olympiques représente habituellement le Graal dans une carrière. Vous, en un an seulement, vous avez « fini le jeu », comme on dit. Vous voyez-vous remettre votre titre en jeu dans les Alpes en 2030 ?
G.C : On ne se posait pas la question jusqu’à ce que tout le monde commence à nous interroger là-dessus. Du coup, il va falloir qu’on se la pose. Honnêtement, on ne sait pas.
L.FB : C’est avec les médias qu’on en a le plus parlé. Les JO 2030, c’est loin. Pour l’avoir vécu, il peut se passer tellement de choses en quatre ans. Repartir pour un long « quad » (quatre ans, ndlr)
, ça n’a pas la même saveur que d’y aller une année à la fois. Cette année, on l’a vécue comme du bonus. On a redécouvert la passion qu’on avait pour ce sport. Ces dix mois nous ont aussi rappelé que ce qu’on fait n’est pas éternel. Ça va se terminer un jour, on a tendance à souvent l’oublier. On passe d’une compétition à une autre, sans savourer l’instant présent. C’est comme lorsqu’on voit ses enfants grandir. On profite d’eux, on ne se demande pas comment ça va être dans quatre ans. C’est bon d’arrêter et de profiter du moment, c’est ce qu’on fait maintenant.
❄️ #MilanoCortina2026 | LA MARSEILLAISE POUR UN COUPLE EN OR 🥇 🇫🇷 Guillaume Cizeron & Laurence Fournier Beaudry sur la première marche du podium. 📺 Les JO sur la chaîne sport de France TV : https://t.co/2YyyGIAfdo pic.twitter.com/Eb4lEfzfOF — francetvsport (@francetvsport) February 11, 2026
En tout cas, si l’aventure continue, vous êtes déjà prête pour les Jeux en France dans quatre ans. On vous a vu, vous la Québécoise, chanter « La Marseillaise » sur la glace de Milan. L’aviez-vous apprise par cœur en vue des JO ?
L.FB : J’étais si fière de l’apprendre que j’arrivais le matin à la patinoire en la chantant. (rires)
Entonner « La Marseillaise » et voir le drapeau français s’élever dans les airs, ça a été un moment unique. Je ressens une grande fierté de représenter la France avec Guillaume. Ce n’est pas juste pour le sport. La France est comme une deuxième famille pour moi.




