vendredi, janvier 23

Livre. Ce n’est ni un pamphlet qui sombre avec facilité dans l’excès, ni un manuel de droit qui esquive prudemment tout engagement politique. La Justice en procès (Les Petits Matins, 230 p., 18 €) est un essai à la fois documenté et implacable ; il propose une boussole civique à tous les citoyens qui s’inquiètent des attaques visant, depuis une dizaine d’années, l’institution judiciaire. Magali Lafourcade y décrypte avec rigueur la croisade des mouvements populistes contre les juges et, plus largement, contre l’Etat de droit.

Cette magistrate qui préside le comité d’éthique et de déontologie du Groupe Le Monde est bien placée pour mesurer les dangers de cette offensive idéologique. Chargée d’enseignement à Sciences Po Paris et à l’Ecole nationale de la magistrature, elle est, depuis 2016, secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l’homme : fondée en 1947, cette instance accréditée auprès des Nations unies rend des avis sur les textes législatifs à venir et contrôle le respect, par la France, de ses engagements internationaux en matière de droits de l’homme.

De ce poste d’observation privilégié, Magali Lafourcade a tiré une certitude : les diatribes de Bruno Retailleau contre l’Etat de droit ainsi que les discours victimaires de François Fillon, Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen sur leurs condamnations ne constituent pas un éphémère mouvement d’humeur. Une partie de l’échiquier politique français, estime-t-elle, aspire sérieusement à rompre avec la règle constitutionnelle d’égalité devant la loi. En revendiquant de facto un principe d’impunité pour les puissants, ces élus s’inscrivent dans un registre « populiste et illibéral » contraire au pacte républicain.

« Clause d’éternité »

L’ambition de ces pourfendeurs de la justice est claire : contester la légitimité démocratique des magistrats en affirmant que rien, pas même les droits fondamentaux, la Constitution ou les grands textes internationaux ratifiés par la France, ne saurait s’opposer à la volonté du peuple souverain telle qu’elle s’exprime dans les urnes. Ce faisant, ils réduisent, selon Magali Lafourcade, la démocratie à un simple mode de désignation – le suffrage, c’est-à-dire à une « procédure intermittente dans son fonctionnement et inscrite dans le temps court des mandatures politiques ».

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