A l’occasion des 120 ans de la loi de 1905, certains ont cru bon d’affirmer que la laïcité serait devenue une « valeur coercitive », « hypertrophiée », visant « quasi exclusivement les musulmans », allant jusqu’à faire état d’une « alliance objective entre laïcisme intransigeant et fondamentalisme islamiste ».
Ces considérations reposent sur une interprétation profondément réductrice de la laïcité, vue comme une abstention de l’Etat qui se bornerait à organiser la liberté et la coexistence des religions. Or la laïcité n’est pas un art de gérer la diversité religieuse ; elle est la condition politique d’une liberté commune. En la réduisant à une simple neutralité de l’Etat, on oublie son cœur : assurer l’émancipation des personnes, protéger chaque conscience contre les emprises dogmatiques, garantir l’égalité en droits et en dignité et ériger ainsi des citoyens concourant au bien public.
Ces critiques déplacent l’idéal de citoyenneté vers les appartenances communautaires et identitaires, en contradiction absolue avec les principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Celle-ci énonce clairement dans son article 3 que la seule loi à laquelle sont tenus d’obéir les citoyens est celle votée par la nation souveraine. Elle précise que nulle organisation ne peut y substituer ses règles ou tenter de les faire prévaloir. Elle affirme en son article 10 que nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, à condition que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. Ces articles n’organisent pas une mosaïque de croyances, ils instituent un ordre civil, où la loi ne procède d’aucune révélation, n’exprime aucun dogme.
Une architecture de liberté
La laïcité n’est donc pas un compromis tardif, ajouté à la République en 1905, comme un instrument de régulation du pluralisme religieux. Elle est le choix fondateur, juridique et philosophique, par lequel un peuple décide de ne plus se définir par une religion, une origine, une tradition sacrée. Avec la loi concernant la séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905, la République réaffirme que l’unité politique ne naît pas de l’appartenance religieuse mais de la liberté et de l’égalité. C’est bien l’application directe des articles 3 et 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. En ce sens, la laïcité est constitutive de l’idée même de République.
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