jeudi, mars 19
Vue du site gazier de QatarEnergy de Ras Laffan le 2 mars 2026 (-) · -/AFP/AFP

Des frappes iraniennes ont porté des « dommages considérables » sur le plus important site de gaz naturel liquéfié du monde, au Qatar, ravivant jeudi les craintes d’une crise économique majeure et suscitant de nouvelles menaces de Donald Trump contre Téhéran.

Le conflit, déclenché par les frappes israélo-américaines sur l’Iran fin février, semble s’engouffrer dans une nouvelle escalade, visant directement les sites de production d’hydrocarbures, et non plus leur seul stockage et acheminement.

Le prix du Brent, pétrole de la mer du Nord, s’est envolé de plus de 6% dans la matinée, quand le prix du gaz européen a littéralement explosé (+35%) avant de se stabiliser au-dessus de 28%, énième soubresaut des marchés lié à la guerre.

Les Bourses européennes ont ouvert quant à elles en net repli. Francfort reculait de 1,50%, tout comme Paris (-1,20%), Londres (-1,28%) et Milan (-1,27%).

« Aujourd’hui marque une escalade majeure dans la guerre au Moyen-Orient. Les répercussions économiques se feront probablement sentir pendant des années », a affirmé sur X Theresa Fallon, directrice du centre de réflexion CREAS, à Bruxelles.

Dans la nuit, après de premières frappes mercredi, le Qatar a fait état d’une attaque iranienne sur Ras Laffan, son premier site de production de GNL. La compagnie énergétique publique de l’émirat, QatarEnergy, a fait état de « dommages considérables » sur ce site.

Les incendies ont été maîtrisés en début de matinée, selon le ministère de l’Intérieur. Aucune victime n’a été signalée.

Ces attaques répondent à celles, la veille, contre le site de South Pars/North Dome, la plus grande réserve de gaz connue au monde, partagée par Téhéran et Doha.

Le président américain a confirmé sur sa plateforme Truth Social qu’Israël était à l’origine de l’attaque contre la partie iranienne de ce site gazier offshore du Golfe, et a semblé vouloir prendre ses distances avec l’opération.

« Israël, sous le coup de la colère (…), a violemment frappé » le gisement gazier de South Pars. « Les États-Unis ne savaient rien de cette attaque et le Qatar n’y a été impliqué d’aucune façon », a-t-il affirmé.

– « Régime iranien intact » –

Donald Trump a ensuite menacé de cibler les champs gaziers iraniens si Téhéran ne cessait pas ses attaques.

« PLUS AUCUNE ATTAQUE NE SERA MENÉE PAR ISRAËL », a-t-il assuré. Mais si l’Iran « décide imprudemment d’attaquer un pays tout à fait innocent, en l’occurrence le Qatar », alors « les Etats-Unis, avec ou sans l’aide ou le consentement d’Israël, détruiront massivement l’intégralité du gisement ».

Le Qatar est le deuxième exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) derrière les Etats-Unis.

Jeudi, « l’une des unités opérationnelles de la raffinerie de Mina Abdullah, appartenant à la Kuwait National Petroleum Company (KNPC) a aussi été la cible d’une attaque de drone, provoquant un incendie sur le site », selon le ministère koweïtien de l’Information.

L’autre raffinerie de la compagnie, celle de Mina Al-Ahmadi, avait elle aussi été touchée plus tôt par un drone, qui a causé un incendie.

Au 20e jour de la guerre, l’Iran démontre ainsi conserver une importante capacité de frappes, en dépit des attaques israélo-américaines sur ses installations militaires.

« Le régime iranien est intact », a assuré la cheffe des services de renseignement américains, Tulsi Gabbard, devant le Congrès américain. Mais il est « fortement affaibli en raison des attaques visant ses dirigeants et ses capacités militaires », a-t-elle estimé .

Aux Emirats arabes unis, Abou Dhabi a fermé un complexe gazier après la chute de débris de missiles interceptés.

– Ryad hausse le ton –

Le ministère des Affaires étrangères du Qatar a déploré que ces attaques dans la région « aient franchi toutes les lignes rouges en ciblant des civils, des installations civiles et vitales ».

L’Arabie saoudite a elle aussi haussé le ton, en déclarant se « réserver le droit » de répliquer militairement à l’Iran, qui cible régulièrement le pays avec des drones et des missiles.

La question du transport des hydrocarbures reste par ailleurs au cœur de l’attention des gouvernements à travers le monde, qui s’interrogent sur la meilleure façon de débloquer le détroit d’Ormuz, par où circule d’ordinaire 20% du pétrole et du gaz mondiaux.

C’est au sud de ce passage, dans le golfe d’Oman, qu’un navire a de nouveau été touché tôt jeudi par un « projectile inconnu », selon l’agence maritime britannique UKMTO, qui précise qu’un autre navire a été touché au large de Ras Laffan.

Réunie en urgence à Londres, l’Organisation maritime internationale (OMI) doit demander jeudi la mise en place d’un couloir maritime sécurisé pour évacuer les bateaux bloqués dans le Golfe persique. L’organe onusien estime que 20.000 marins patientent actuellement à bord de 3.200 bateaux près du détroit d’Ormuz.

Après la réserve fédérale américaine mercredi (Fed), la flambée des prix de l’énergie dominera jeudi la réunion de la Banque centrale européenne (BCE).

Le président français Emmanuel Macron a appelé à un moratoire concernant « les infrastructures civiles », notamment énergétiques, après un échange avec Donald Trump et l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.

« Les populations civiles et leurs besoins essentiels, ainsi que la sécurité des approvisionnements énergétiques, doivent être préservés de l’escalade militaire », a-t-il souligné.

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