Le 6 juillet au soir, dans la capitale de la Syrie, Emmanuel Macron s’est affiché dans un cadre informel avec le président dans un restaurant du vieux Damas puis, tous deux en bras de chemise, dans la célèbre mosquée des Omeyyades à Damas.
Ce mardi 7 juillet, il a participé à un « forum économique consacré à la reconstruction de la Syrie », au cours duquel il a souligné, comme son homologue, le souhait de voir la Syrie retrouver son rôle de carrefour énergétique, notamment après le verrouillage par Téhéran du détroit stratégique d’Ormuz.
« Nous voulons que la France soit notre premier partenaire dans ce parcours », a dit le président syrien Ahmed al-Charaa. « Les opportunités, les intérêts des entreprises françaises sont convergents » avec le défi de la Syrie en matière de reconstruction et de stabilisation, a pour sa part affirmé Emmanuel Macron. Les deux pays doivent reprendre des relations au niveau des ambassadeurs « le plus tôt possible », selon le président syrien.
Le président syrien Ahmed al-Charaa (à gauche) et le président français Emmanuel Macron lors d’une cérémonie de signature d’accord à Damas, en Syrie, le mardi 7 juillet 2026.
Pour le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné, la Syrie peut devenir un « pays de transit important pour le pétrole qui vient d’Irak vers la Méditerranée », et offrir des « routes alternatives » au détroit d’Ormuz. Il accompagne Emmanuel Macron, de même que plusieurs dirigeants d’entreprises françaises, dont celui de CMA-CGM Rodolphe Saadé et des accords bilatéraux ont été signés au cours de la visite.
Soutien à la nouvelle société syrienne
Avant de se rendre à la présidence, Emmanuel Macron avait reçu des personnalités de la société civile. « Rien ne pourra étouffer l’aspiration des Syriennes et des Syriens à vivre dans une Syrie pleinement souveraine, sûre, pluraliste, unie. Ce matin j’ai rencontré la Syrie dans toute sa diversité. J’ai vu la dignité, le courage et la détermination », a souligné le président français sur X.
Les participants ont évoqué « les violations » qui émaillent la transition, ainsi que « l’élaboration de la Constitution » par le Parlement qui vient d’être formé, « le processus de justice transitionnelle et la réconciliation nationale », a déclaré à l’AFP l’un d’eux, Fadel Abdel Ghani, directeur du Réseau syrien des droits de l’homme.
Ahmed al-Charaa, qui concentre désormais les pouvoirs, s’était engagé à protéger les minorités, mais le pays a été le théâtre de massacres d’alaouites en mars 2025 et d’affrontements sanglants avec des combattants druzes il y a un an.
Emmanuel Macron avait déjà été le premier dirigeant occidental à accueillir Ahmed al-Charaa, en mai 2025, lorsqu’il avait fait le pari d’accompagner la transition syrienne en s’affichant à l’Elysée avec cet ancien jihadiste. Le chef de l’État français se rendra dans la foulée mardi soir à Ankara pour le sommet de l’Otan, et s’y entretiendra ce 8 juillet avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, avec lequel le dossier syrien pourra être évoqué. Dans la capitale turque, le président syrien rencontrera lui Donald Trump.
Explosions à Damas pendant la visite
Deux bombes ont explosé vers 10h30, heures locale, ce 7 juillet à proximité de l’hôtel où Emmanuel Macron a passé la nuit à Damas, faisant 18 blessés et illustrant la fragilité de la transition politique en Syrie que le président français est venu soutenir.
Le chef de l’État français, premier dirigeant d’une puissance occidentale à se rendre en Syrie depuis l’arrivée au pouvoir d’une coalition islamiste, a poursuivi normalement selon l’Élysée sa visite.
Les deux engins ont explosé quasi-simultanément à quelques mètres de distance, après le départ d’Emmanuel Macron pour le palais présidentiel où il s’est entretenu avec son homologue Ahmed al-Charaa.
Des membres des forces de sécurité syriennes inspectent un véhicule incendié près de l’hôtel Four Seasons après que deux explosions ont secoué le quartier, pendant la visite d’Emmanuel Macron à Damas, le 7 juillet 2026.
Quatre policiers figurent parmi les 18 victimes, selon le ministère syrien de l’Intérieur. L’une des bombes « artisanales » était placée dans une benne à ordures et l’autre dans un véhicule à proximité de l’hôtel Four Seasons, dans le centre de la capitale, ont précisé les autorités.
« Les actes terroristes ne vont pas nous dissuader de stabiliser le pays », a réagi une source du ministère des Affaires étrangères syrien auprès de l’AFP. Le président français a lui estimé que ces attentats ne devaient pas « déstabiliser » la Syrie, appelant à « être intraitable en matière de sécurité ». Emmanuel Macron était arrivé lundi soir en Syrie, quelques jours après un attentat à la bombe qui avait fait dix morts dans un café du centre de Damas. Le pays traverse un fragile processus de pacification après treize ans de guerre civile.
« C’est une visite de courage », avait souligné l’Élysée, surtout qu’il a choisi de passer la nuit dans la capitale syrienne malgré les risques de sécurité. Paris avait refusé d’annoncer sa visite jusqu’à son atterrissage.
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