Des doigts agiles découpent du verre tranchant et manient le fer à souder comme un crayon. D’un bout à l’autre de l’immense table de l’atelier des cours de vitrail, une dizaine d’élèves s’affairent à leur projet. La professeure passe de l’un à l’autre, glisse ses conseils et monte le son quand le vrombissement de la meuleuse l’interrompt : « N’oubliez pas de mettre une planche dessous, sinon vous allez abîmer la table », rappelle-t-elle en tirant plusieurs plaques de bois d’un caisson.
Ce jeudi matin, la plupart des élèves présents au cours de vitrail organisé par l’association des Ateliers de la Cour Roland, à Jouy-en-Josas, dans les Yvelines, sont retraités, à l’exception de la dernière arrivée : « Je n’arrive pas à trouver du travail en ce moment, donc autant faire quelque chose d’intéressant. Et j’aime les vitraux des églises », explique Ying (les personnes citées par un prénom ont requis l’anonymat), alors qu’elle taille les fragments de verre qui constitueront son vitrail tulipe. Elle doit d’abord grossièrement tracer le gabarit désiré, fendre le verre avec une roulette, le rompre avec une grosse pince, ou en frappant délicatement le verre d’un outil métallique. Pour des angles plus précis ou adoucis, il faut utiliser une meuleuse. Ying a opté pour le vitrail Tiffany, consistant à entourer les morceaux de verre d’une fine bande de cuivre, avant de figer le tout à l’aide d’étain et d’un fer à souder.
Si la technique Tiffany est la plus populaire parmi les élèves, la plus emblématique est celle que l’on appelle « au plomb », pratiquée dès le XIᵉ siècle et qui décore de nombreuses églises, reconnaissable aux baguettes utilisées pour séparer les plaques de verre coloré. L’art va se développer au gré des nouvelles techniques, avant un premier déclin à partir du XVIe siècle, quand le goût pour les vitres blanches remplace celui des motifs colorés, puis un second, après la Révolution française, quand les édifices religieux deviennent propriété d’Etat.
Il vous reste 70.29% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.




