samedi, février 7

Par inadvertance, sans doute, Mark Carney, le premier ministre du Canada, a divisé le monde en trois groupes : les puissances mondiales, les puissances moyennes et les petites nations. Le 20 janvier, son appel de Davos (Suisse) visait à rassembler « les puissances moyennes comme le Canada » face aux trois puissances mondiales qui veulent se partager le monde. Cet appel à la mobilisation a remonté le moral de tous ceux qui se sentent accablés par la tournure des événements. Si le succès de ce discours tient en partie à sa clarté et sa simplicité, les choses sont plus compliquées qu’elles n’en ont l’air.

Qui sont les puissances moyennes, au juste ? Elles pourraient être définies par la taille de leur population ou par la puissance de leurs armées, mais il n’est pas sûr que le Canada en fasse partie. Carney semblait plutôt inspiré par le poids économique de son pays. De fait, si l’on met de côté les grands pays hégémoniques (Etats-Unis, Chine et Russie), le Canada est bien une puissance moyenne, puisque son produit intérieur brut (PIB) se situe au septième rang mondial sur 193 pays. La question est de savoir où tracer la frontière.

Si l’on prend les 10 plus gros « moyens », la somme de leurs PIB représente 28 % de la richesse mondiale, selon les chiffres du Fonds monétaire international (FMI), contre 45 % pour les trois superpuissances. C’est un peu faible, d’autant plus qu’il n’est pas sûr que tous les pays de cette liste veuillent rejoindre la coalition. Si l’on étend la définition à 20 pays, le total atteint 39 % du PIB mondial. Le contre-pouvoir qu’il appelle de ses vœux est un peu juste, sans être négligeable.

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Pour envisager les rapports de force économiques, se limiter au PIB est bien trop superficiel. Certains pays peuvent être petits mais receler d’importantes quantités de ressources rares ou occuper des positions géographiques stratégiques (comment ne pas penser au Groenland, dans ces deux cas ?). D’autres petits pays dominent en matière de technologie dans des niches stratégiques, comme Taïwan. La notion de puissance moyenne est manifestement subtile.

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