Dans la pénombre dans laquelle Kyrylo Boudanov aime travailler, entouré d’emblèmes militaires et de trophées pris à l’ennemi par des unités des forces spéciales, un écran de télévision fixé au mur, face à son bureau, est une des rares sources de lumière. Un jour, recevant Le Monde, le chef des renseignements militaires ukrainiens (HUR) regardait, narquois, une carte de la capitale russe. « Leur cible était Kiev. Pourquoi ne regarderais-je pas la carte de Moscou ? », faisait-il mine de s’interroger en souriant, quittant un instant le masque impénétrable qu’il affectionne. Le maître-espion ukrainien, secret par nature, ne dédaigne en effet ni la communication, ni la provocation calculée, même s’il reste un guerrier dans l’âme.
Soldat depuis 2007, sa carrière dans les forces spéciales et les services de renseignements lui a valu, depuis l’éclatement du conflit dans le Donbass en 2014, autant de blessures au combat que de médailles. Chef du HUR depuis 2020, confronté à l’invasion russe depuis février 2022, il s’est notamment illustré en ordonnant des opérations audacieuses en Russie, devenant l’un des hommes les plus populaires du pays. Et le fait que ses hommes confient parfois qu’il arrive au général de participer lui-même clandestinement à des opérations derrière les lignes ennemies n’a fait qu’accroître son aura.
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