lundi, juin 8

Le neuvième président du Pérou en dix ans serait une femme. La candidate de droite à la présidentielle au Pérou, Keiko Fujimori, est donnée dimanche 7 juin avec une avance sur son rival de gauche Roberto Sanchez.

Les sondages à la sortie des urnes accordaient à la fille de l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000) environ un point d’avance sur son adversaire. Les résultats officiels semblaient toutefois lui donner une avance plus confortable, avec 52,6 % des suffrages contre 47,4 % pour son adversaire après dépouillement de 36 % des bulletins.

« Ce résultat traduit la division du pays, mais révèle aussi qu’aucune force politique n’est hégémonique », estime auprès de l’Agence France-Presse l’analyste Paulo Vilca, de l’Institut d’études péruviennes (IEP).

Près de 27 millions de Péruviens se sont rendus aux urnes dans un contexte de profonde désillusion politique et d’exaspération face à la criminalité. Aucun des deux candidats n’a suscité un large soutien au premier tour, où ils ont recueilli ensemble moins de 30 % des voix.

Quatrième candidature pour Keiko Fujimori

Keiko Fujimori, 51 ans, brigue la présidence pour la quatrième fois consécutive. Elle revendique l’héritage contrasté de son père, crédité par ses partisans d’avoir stabilisé l’économie et vaincu les guérillas des années 1980 et 1990, mais condamné pour corruption et crimes contre l’humanité.

Aux cris de « Keiko présidente ! » la candidate de droite a voté dans l’est de Lima, où son rival a également déposé son bulletin un peu plus tard. « Nous avons beaucoup d’espoir », a-t-il déclaré.

Roberto Sanchez, ancien ministre de 57 ans, se présente pour la première fois, porté par un fort soutien dans les régions andines qui s’estiment délaissées par le pouvoir central de Lima.

Sans que cela n’affecte le second tour, un juge l’a renvoyé devant la justice pour de présumées irrégularités financières au sein de son parti.

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Quel que soit le vainqueur, il héritera d’un pays plongé dans une crise politique persistante qui a vu se succéder huit présidents depuis 2016.

« Nous avons dû choisir le moindre mal. L’histoire se répète. Nous sommes dans une crise qui dure depuis plus d’une décennie », a déclaré Renzo Masa, étudiant de 23 ans, après avoir voté à Lima.

« Si l’écart est très serré, le vainqueur risque de voir sa légitimité contestée, ce qui pourrait alimenter davantage l’instabilité », estime l’analyste David Sulmont.

Deux approches pour combattre l’insécurité

L’insécurité constitue l’autre grande préoccupation des électeurs. Près de 70 % des Péruviens espèrent que la lutte contre la criminalité sera la priorité du futur président, selon un récent sondage. Lima a enregistré 23 homicides pour 100 000 habitants en 2025, soit trois fois plus que cinq ans plus tôt. L’extorsion touche particulièrement le secteur des transports. Au moins 75 chauffeurs de bus ont été assassinés en 2025, principalement à Lima.

La candidate de droite promet de déployer l’armée en soutien à la police, de démanteler les réseaux d’extorsion et d’expulser les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des délits. Elle se présente comme la candidate de la prospérité et met en garde contre le danger du « communisme ». « Nous représentons le progrès, eux le recul », a-t-elle récemment lancé.

Roberto Sanchez défend une approche différente. Selon lui, la lutte contre la criminalité passe d’abord par le rétablissement de la confiance dans les institutions, le renforcement du système judiciaire et une réforme de la police.

Dimanche, « le peuple se lèvera pour réclamer la démocratie, les droits humains, la justice sociale et la paix sociale », a-t-il lancé lors de son dernier meeting, coiffé du chapeau paysan offert par l’ancien président emprisonné Pedro Castillo, dont il revendique l’héritage politique. L’ancien instituteur est emprisonné depuis sa tentative avortée de dissoudre le Parlement en 2022. Roberto Sanchez a promis de le gracier s’il l’emporte.

Initialement soutenu par des mouvements ultranationalistes, Roberto Sanchez a recentré son discours au fil de la campagne, insistant sur le consensus, la stabilité et le respect des institutions.

Avec AFP

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