samedi, mars 14

« L’un des raids aériens les plus puissants de l’histoire au Moyen-Orient »: Donald Trump n’a pas caché sa satisfaction après avoir, selon lui, « entièrement détruit toutes les cibles militaires » sur l’île de Kharg, située à 25 kilomètres au cœur du Golfe persique, juste après le détroit d’Ormuz, qui aurait été miné par la République islamique d’Iran.

Véritable « pierre angulaire de l’économie iranienne et une importante source de revenus pour les Gardiens de la révolution », selon la banque américaine JP Morgan, cette île est le centre névralgique de l’exportation pétrolière de l’Iran, quatrième producteur de brut au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

« Par souci de décence, j’ai choisi de ne pas détruire les infrastructures pétrolières de l’île », a précisé le 45e et 47e président des États-Unis sur son réseau social.

« Cependant si l’Iran, ou quiconque d’autre venait à faire quoi que ce soit pour entraver le passage libre et sûr des navires dans le détroit d’Ormuz, je reconsidérerais immédiatement ma décision », a-t-il ajouté.

Un lieu stratégique du commerce mondial

Initialement soigneusement évitées par Israël et les États-Unis, ces frappes sur l’île pourraient être un tournant majeur dans le conflit. En effet, cette bande de terre broussailleuse de la taille de Manhattan est un lieu précieux pour l’Iran et la production mondiale de pétrole.

D’abord tournée vers la culture de perles, l’île devient dans les années 1970 le point central de l’exploitation de l’Or noir iranien avec l’installation de plusieurs terminaux pétroliers. « Il y a quatre pipelines sous-marins » pour permettre la jonction entre l’Iran et l’île, explique Ulysse Gosset, éditorialiste politique internationale de BFMTV. Pourquoi cet endroit? « Parce que tout autour, il y a une profondeur d’environ 35 mètres, permettant aux super pétroliers d’accoster », étaye-t-il.

Depuis 2014, 90% du trafic pétrolier iranien circule par Kharg, pour une capacité de cinq millions de barils par jour, et l’île peut stocker jusqu’à 28 millions de barils, souligne une note de JP Morgan datée du 9 mars.

« Un autre aspect: il y a l’un des plus vieux monastères du monde et des vestiges d’un château portugais. C’est aussi un endroit très historique », rappelle Siavosh Ghazi, correspondant pour RFI et France 24 à Téhéran, au micro de BFMTV.

Face à l’importance du lieu pour l’économie mondiale, déjà fortement affectée par le conflit qui a débuté le 28 février, Donald Trump avait toujours assuré que Kharg n’était pas en « haut de la liste » des cibles américaines. Visiblement, la stratégie du locataire de la Maison Blanche a changé, alors que des murmures d’une potentielle prise de contrôle de l’île par les forces américaines montent depuis plusieurs jours dans la presse internationale.

« Une étape supplémentaire dans la fuite en avant »

Ces frappes américaines, même si elles n’ont pas touché les sites de production et d’exportation de l’île, laissent poindre une potentielle réaction du marché international, qui pourrait voir ses prix s’envoler encore davantage dès ce lundi 16 mars.

« Cela peut être une étape supplémentaire dans la fuite en avant », analyse Jérôme Clech, consultant défense de BFMTV.

« À travers ce message, il y a une volonté de montrer que la surenchère est toujours possible », ajoute-t-il.

Selon le spécialiste, l’objectif de cette intervention serait « de faire pression » sur les alliés de l’Iran, notamment la Chine. La République populaire achète environ 80% du brut iranien. Et même s’il existe d’autres voies de transport, comme les îles de Sirri et de Lavan, aucun des terminaux ne peut suivre la cadence de Kharg.

« Une frappe directe interromprait immédiatement l’essentiel des exportations de brut iranien, ce qui déclencherait probablement de sévères représailles dans le détroit d’Ormuz ou contre les infrastructures énergétiques régionales », alertait JP Morgan, le 9 mars.

Quelques heures après l’attaque américaine, l’armée iranienne a promis de « réduire en cendres » les installations pétrolières et énergétiques liées aux États-Unis au Moyen-Orient, a annoncé le porte-parole du quartier général central de Khatam al-Anbiya, affilié aux Gardiens de la Révolution.

Article original publié sur BFMTV.com

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