Un juge fédéral américain a annulé une démarche judiciaire engagée par l’administration Trump contre le président de la Réserve fédérale (Fed) Jerome Powell, auquel Donald Trump reproche de ne pas baisser les taux d’intérêt, dans une décision rendue publique vendredi 13 mars.
« Il existe de multiples preuves que l’objectif principal (sinon le seul) de ces démarches est de harceler Jerome Powell pour le faire céder face au président Trump ou démissionner et de céder la place à un président de la Fed qui le fera », écrit le juge James Boasberg dans cette décision datée du 11 mars et rendue publique vendredi.
« De l’autre côté de la balance, le gouvernement n’a présenté aucune preuve que Jerome Powell ait commis d’autre crime que d’avoir déplu au président », explique le magistrat.
En conséquence, il annule deux demandes de communication de documents adressées par le bureau de la procureure fédérale de Washington au Conseil des gouverneurs de la Fed, concluant qu’il s’agit de « prétextes ».
Ces documents portaient sur les travaux de rénovation du siège de la Fed à Washington et sur un témoignage de Jerome Powell devant le Congrès sur les coûts de ces travaux.
« Le ministère de la Justice fera appel »
La procureure fédérale de Washington qui avait lancé l’enquête contre Jerome Powell, dont le mandat arrive à échéance en mai, a vivement dénoncé cette décision, accusant le juge Boasberg d’être un magistrat « militant ».
« Le ministère de la Justice fera appel de cette décision scandaleuse », a-t-elle affirmé lors d’une conférence de presse. Sollicitée par l’AFP, la Fed n’a pas souhaité faire de commentaire.
L’élu républicain Thom Tillis, membre de la commission sénatoriale chargée de confirmer ou non le choix du successeur de Jerome Powell, et qui a récemment menacé de bloquer toute nomination tant que la procédure contre le gouverneur de la Fed n’était pas abandonnée, a appelé vendredi l’administration Trump à y renoncer définitivement.
« Faire appel de cette décision ne fera que retarder la confirmation de Kevin Warsh comme gouverneur de la Fed », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux, en référence au candidat de Donald Trump pour ce poste, l’ex-gouverneur Kevin Warsh.
Aucune date n’a encore été fixée par le Sénat pour l’audition de ce dernier.
« Chasse aux sorcières »
La sénatrice démocrate Elizabeth Warren, qui siège au sein de cette commission, a également estimé que la décision de justice ne faisait que confirmer une « chasse aux sorcières » de l’administration Trump contre Jerome Powell.
Dans un communiqué, elle appelle ses collègues à bloquer toute nomination à la Fed tant que les enquêtes contre Jerome Powell et Lisa Cook, autre gouverneure de la Fed visée par une procédure à l’instigation de l’administration Trump, ne sont pas abandonnées.
Dans un message vidéo solennel en janvier, Jerome Powell avait révélé faire l’objet de cette procédure pouvant aboutir à des poursuites pénales.
Il avait dénoncé une tentative d’intimider l’institution parce qu’elle ne suivait pas « les préconisations du président » des États-Unis.
Le message de Jerome Powell très inhabituel pour un banquier central, avait suscité l’indignation des milieux économiques, qui y voyaient une nouvelle atteinte à l’indépendance de l’institution monétaire. Des élus républicains s’en étaient également offusqués, prévenant qu’ils ne confirmeraient aucune nomination à la Fed tant que la procédure ne serait pas classée.
Article original publié sur BFMTV.com




