jeudi, février 19

Six jours après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, roué de coups sur un trottoir de Lyon, les interpellations ont relancé le nécessaire débat sur les ambiguïtés de La France insoumise (LFI). Entre mardi 17 et mercredi 18 février, la police judiciaire a arrêté 11 personnes. Plusieurs des suspects font l’objet d’une fiche « S » pour radicalisation politique, en raison de leur appartenance à la Jeune Garde, un groupe antifasciste lyonnais, dissous en juin 2025 pour ses méthodes jugées violentes.

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Parmi les interpellés figurent trois proches du député LFI de Vaucluse Raphaël Arnault, par ailleurs fondateur de la Jeune Garde : deux de ses collaborateurs parlementaires et un des anciens stagiaires de son équipe parlementaire. Les liens entre certains suspects et le mouvement de Jean-Luc Mélenchon sont maintenant avérés. Cette proximité et la gravité des faits nécessitent plus que des dénégations et des ripostes biaisées de la part des responsables « insoumis ».

Apparue en 2018, la Jeune Garde est proche de LFI depuis le début des années 2020. Le 11 février encore, veille des faits à Lyon, un communiqué de LFI jugeait « attentatoire aux libertés fondamentales » la procédure de dissolution de la Jeune Garde. En avril 2025, M. Mélenchon décrivait ses membres comme les « jeunes camarades » d’une « organisation alliée, liée au mouvement “insoumis” ». Quelques mois plus tôt, en 2024, LFI avait fait élire à l’Assemblée nationale M. Arnault. Sa condamnation définitive, en décembre 2025, après son désistement en appel, pour « violences volontaires en réunion », n’avait provoqué aucune réaction de la part de LFI.

Depuis les interpellations, M. Mélenchon et ses proches n’ont renié ni la Jeune Garde ni le député Arnault, qui a simplement annoncé vouloir mettre fin au contrat d’un de ses collaborateurs mis en cause. Fidèles à un chef hermétique aux critiques, entraînés dans une conflictualité sans fin, les mélenchonistes font bloc, contre-attaquent et tentent de faire diversion. Le premier réflexe des responsables « insoumis » a été de rappeler qu’ils sont régulièrement visés par l’extrême droite, ou de se réfugier dans une posture victimaire en pointant la « responsabilité de la puissance publique », qui n’aurait pas assez protégé les rues lyonnaises, selon les mots utilisés par M. Mélenchon, mardi soir.

Le député LFI Raphaël Arnault et Jean-Luc Mélenchon, lors d’une manifestation contre la décision du ministre de l’intérieur de dissoudre la Jeune Garde, à Paris, le 6 mai 2025.

Partout en France, cette affaire ne doit pas occulter la violence des multiples groupuscules identitaires ou néofascistes. La majorité des faits de brutalité politique sont issus de ces groupes, une réalité totalement balayée par la droite et l’extrême droite, alliées, depuis quelques jours, pour instrumentaliser la mort de Quentin Deranque afin de diaboliser une partie de la gauche. Mais cette récupération politique ne doit pas exonérer LFI. A la lumière des faits, Jean-Luc Mélenchon et ses proches, qui n’ont jamais prôné publiquement la violence physique, ne peuvent plus résumer l’action de la Jeune Garde à de l’« autodéfense ».

Jeudi 12 février, en marge d’une conférence de la députée européenne Rima Hassan, deux groupes se sont battus lors d’une rixe. Puis des individus ont frappé jusqu’à la mort un jeune homme, isolé, à terre. Les « insoumis » n’ont ni causé ni provoqué directement ce lynchage intolérable, mais leur responsabilité politique est réelle. Ils doivent clarifier la situation en rompant avec les éléments violents de leur mouvement et en écartant certains groupes alliés.

Retrouvez tous les articles concernant la mort de Quentin Deranque ici.

Le Monde

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