“Il y a dix, vingt ans, la géolocalisation était totalement impensable en Allemagne. Aujourd’hui, c’est devenu la norme”, souligne Sabine Trepte, professeure de psychologie des médias à l’université de Hohenheim, citée par Die Tageszeitung (TAZ). Outre-Rhin, aucune enquête représentative n’est disponible sur le sujet. Mais aux États-Unis, sur les quelque 1 200 répondants au sondage lancé en 2025 par l’institut CivicScience, 41 % déclaraient partager leur position avec au moins une personne.
Sabine Trepte n’y voit rien d’étonnant : le partage de position simplifie grandement les relations. “Quand votre compagne a pris la voiture pour faire un long trajet, elle n’a plus besoin de téléphoner en conduisant ni de taper un message sur son portable pour dire quand elle sera à la maison.” Par ailleurs, ce partage d’un volet de notre vie privée favoriserait une “forme de proximité”.
L’argument de la sécurité est aussi souvent évoqué. Interrogée par le quotidien allemand, Marietta Schiemer, étudiante de 19 ans, confie partager sa position avec son beau-père, en qui elle a confiance. Un filet de sûreté, “au cas où il m’arriverait quelque chose”. Quant à Lukas Hoch, étudiant de 22 ans, il utilise ce service “avec sa grand-mère” de 88 ans.
“D’autres ont un regard plus critique sur la question”, nuance le quotidien allemand. Dans un article paru en 2024 sur le site The Conversation, Silke Meyer et María Atiénzar Prieto, de l’université Griffith, en Australie, soulignent que ces services “facilitent le harcèlement et d’autres formes de contrôle”. “Si une amie me racontait que son copain veut qu’elle partage sa localisation, je lui dirais : ‘red flag [‘alerte’], tire-toi le plus vite possible !’” confie à la TAZ Stephanie Henkel, informaticienne de 33 ans, évoquant les possibilités qu’offre la géolocalisation à des hommes potentiellement violents.
“Avoir encore quelque chose à raconter quand on se voit”
Sans forcément envisager le pire, Mareile Flatt, conseillère fiscale de 62 ans, déclare vérifier “une à deux fois par jour” la localisation de ses enfants de 25 et 28 ans. Mais ne suffirait-il pas de prendre de leurs nouvelles en leur envoyant un message ou en les appelant ? “Plus on se lie en numérique, plus on a du mal à entretenir le contact en analogique”, note Elisa Mende, soigneuse animalière de 24 ans, citée par le quotidien allemand.
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