mercredi, mars 4

  • Avec un appareil photo et quelques accessoires, tout le monde peut se lancer dans le « light painting », ou peinture lumineuse.
  • Les images ainsi produites, aux possibilités infinies, séduisent de plus en plus d’artistes.
  • Regardez comment ils procèdent dans ce reportage du JT de TF1.

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Le 13H

On dit de Jean-Michel Basquiat qu’il était « un peintre avec des mots », parce qu’il aimait dire qu’il utilisait des mots comme des coups de pinceau. D’autres peignent aujourd’hui avec de la lumière. Signe des temps : ce n’est pas sur une toile que ces images se dessinent, mais sur un écran d’ordinateur, via un appareil photo. Concrètement, il s’agit de saisir les jeux de lumière dans un endroit sombre, parfois au moyen d’accessoires, parfois non, pour créer un tableau absolument unique. Cela donne des portraits ou des paysages ornés d’étranges filets multicolores, comme le montre le reportage du 13H de TF1 visible en tête de cet article. Cette pratique, très en vogue, porte plusieurs noms : light painting, peinture lumineuse ou physiogramme.

Dans la pénombre d’une église, un homme déplace à bout de bras un cadre en bois lumineux, en se rapprochant peu à peu de la personne se faisant photographier. « Comme un peintre, j’ai toujours un petit coup de pinceau de lumière. Et à chaque fois, il y a le plaisir de découvrir l’image après coup. Souvent, j’ai même rêvé l’image avant de la faire », éclaire le photographe Jean-Luc Viard, au milieu de sa démonstration devant notre caméra. L’un de ses clients, tenant à présent ledit cadre lumineux autour de sa tête, ne cache pas son incrédulité devant l’objectif : « En voyant ses images, on se demande comment il a fait. »

« Ça combine un temps de pose long avec des mouvements de lumière. C’est tout simple. Ça permet, avec les appareils modernes, de pouvoir vraiment régler, d’avoir le résultat en direct », explique Jean-Luc Viard, avant de sortir de sa besace « les sabres laser magiques », pour la plus grande joie de l’assistance. « C’est une image qu’on emmène, qu’on fait voyager, avec la lumière qui passe d’un côté à l’autre. C’est fabuleux, c’est magnifique », s’enthousiasme une cliente, en faisant de grands cercles avec cet accessoire de cinéma, pour créer l’effet visuel recherché par l’artiste : un cercle de lumière autour d’elle.

TF1

Il y a peu, la station des Deux Alpes a baigné de lumière ses pistes de ski en pleine nuit, à 3.600 mètres d’altitude, en y plaçant savamment plusieurs dizaines de moniteurs, munis de lampes dédiées au résultat photographique voulu. Jadikan, l’artiste ayant orchestré toute cette chorégraphie, donc cette œuvre, a utilisé sa propre imprimante 3D pour créer les lampes tenues par les moniteurs, qu’il qualifie de « petits pinceaux », pouvant « vraiment dessiner des toutes petites choses ».

À la base, c’était surtout quelque chose de très scientifique

Jadikan, artiste « light painter »

Recevant le 13H de TF1 chez lui, à Grenoble (Isère), il indique que ces drôles de lumières n’avaient pas de visée esthétique au moment de leur création, à la fin du XIXe siècle : « Pour un sportif qui saute au-dessus d’un obstacle, ils installaient sur ses bras, ses jambes et sa tête, des petits points ou des traits blancs. Ça peut faire en même temps des choses graphiques, mais à la base, c’était surtout quelque chose de très scientifique, avec des mires, pour savoir combien de mètres ils font entre chaque pas. »

Aujourd’hui, de plus en plus d’artistes se laissent séduire par les possibilités infinies qu’offre cette technique. Oussman Noreni en fait partie. Dans la vidéo en tête d’article, on le découvre en train de plonger 15 mètres sous terre, dans une grotte, pour fuir la lumière naturelle du ciel savoyard. Christine et Céline, ses modèles, l’accompagnent dans ce voyage souterrain. « Ce que j’aime bien ici, c’est que je peux trouver la nuit en journée, sans avoir à attendre », formule poétiquement le photographe.

De l’autre côté de l’objectif, l’éclairant artificiellement, Céline partage son point de vue personnel : « On voit plein de lumières s’allumer de tous les côtés. On a l’impression que c’est chaotique et en fait, le rendu ne l’est pas du tout. » C’est même tout le contraire : chaque mouvement de lumière est pensé en amont, pour l’adapter aux spécificités du cadre et du sujet de l’œuvre. Ainsi, on retrouve Oussman Noreni un peu plus tard, un peu plus loin, dessinant des traits dans l’air avec son « pinceau » dans le crépuscule d’un bord du lac d’Annecy, pour immortaliser l’étendue d’eau sous un nouveau jour. « La lumière, je la considère comme mon encre, conclut-il, songeur. D’apporter une petite lumière dans l’obscurité, en soi, c’est déjà une symbolique. »

Hamza HIZZIR | Reportage TF1 : Yannis MATISSE, Frédéric MARCHAND, Éric NAPPI

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