vendredi, février 6

  • De plus en plus de Français acceptent de débourser entre 30 et 90 euros pour réaliser un bilan de santé sans prescription médicale.
  • Et donc sans aucun remboursement de la Sécurité sociale.
  • Une bonne affaire pour les laboratoires, mais sont-ils fiables ?

Suivez la couverture complète

Le 20H

Véronique n’a pas vu son médecin depuis des semaines. Pourtant, elle vient faire un bilan de santé, mais c’est elle qui l’a décidé. Le labo Cerballiance à Paris en propose justement de toutes sortes. Il y en a pour les sportifs, pour déceler un problème osseux ou une ménopause. Pour Véronique, ce sera un bilan cardiovasculaire et rénal. « Qu’est-ce qui vous a décidé à faire ce bilan ? », lui demande Estelle Lamar, la biologiste médicale. « Mes antécédents familiaux. Et l’âge que j’ai aujourd’hui fait que j’ai envie d’en savoir un peu plus », répond-elle. 

TF1

On s’est aperçu qu’il y avait un besoin. Il y avait des demandes de patients

Estelle Lamar, biologiste médicale chez Cerballiance

En un quart d’heure et moyennant 34 euros (non remboursés), la patiente a droit à une prise de sang mesurant une dizaine d’indicateurs, mais aussi une analyse d’urine et une prise de tension. Avec une promesse, et pas des moindres : « Ça nous permet de prédire le risque d’accidents cardiovasculaires graves dans les dix prochaines années », avance la biologiste. 

L’analyse est en fait assez similaire à ce qu’aurait pu prescrire un médecin généraliste. « On ne va pas se substituer à ce qui existe déjà. Ce qui existe déjà, ça marche bien. Là, on s’est aperçu qu’il y avait un besoin. Il y avait des demandes de patients », souligne Estelle Lamar. Ce que confirme Véronique : « Je ne fréquente pas spécialement mon médecin très régulièrement. C’est toujours compliqué d’avoir des rendez-vous. C’est vrai que cette formule est quand même assez pratique et me fait gagner du temps », affirme-t-elle.

Cela fait deux mois et demi que ce labo mise sur ces bilans en accès libre. L’offre aurait déjà séduit des milliers de patients prêts à payer de leur poche. Une jeune femme explique par exemple pourquoi elle est venue : « Je voulais voir si je n’avais pas des carences. Des fois, j’ai des coups de fatigue. J’avais besoin d’être vraiment fixée sur ce que j’ai et pas forcément de prendre des vitamines ou des compléments alimentaires. Effectivement, c’est 45 euros. Mais après, moi, ça me fait gagner du temps », estime-t-elle. Mais ces tests ou plutôt ces packages de tests, désormais mis en avant sur Internet, sont-ils fiables ? Oui, puisqu’ils sont réalisés par des professionnels de santé. d’être vraiment

Des dépenses indirectes

Toutefois, est-ce vraiment utile de dépenser parfois jusqu’à 60 euros pour se rassurer ? Les médecins ne sont pas tous d’accord. « Vous avez une fatigue, on trouve un paramètre anormal, on dit : ‘c’est ça’. Ben non, pas forcément. Statistiquement, lorsque vous faites 20 examens, donc 20 paramètres de prise de sang, il y en a toujours un qui sort des normes. Tout de suite, vous allez vous inquiéter en disant : ‘je suis malade’, ce qui n’est pas du tout sûr », avance Patricia Lefébure, médecin généraliste. 

En théorie, ces tests non remboursés ne coûtent rien à l’Assurance maladie. Mais pour le docteur Lefébure, ils génèrent des dépenses indirectes. « Souvent, on va quand même faire un contrôle après qui va être, lui, remboursé par l’Assurance maladie, donc ça entraîne des coûts supplémentaires. Et on rentre des fois dans des spirales d’examens, tout ça, pour à la base, quelqu’un qui n’a rien », déplore-t-elle.  

Les laboratoires ne s’en cachent pas. Bien sûr, ces tests sont un complément de revenu. Mais ils assurent que chaque analyse est interprétée et que les patients sont accompagnés, en cas notamment de résultats anormaux. Selon eux, mieux vaut faire de la prévention que d’arriver trop tard. « Pourquoi laisser les gens arriver au stade de diabète plutôt que de les alerter sur un taux de glycémie un peu haut ? Collectivement, ça coûtera beaucoup moins cher », indique Valérie Kerdelhué-Polsinelli, médecin biologiste au laboratoire Eurofins. 

Il y a quelques mois encore, à peine 2% des patients demandaient des bilans sans ordonnance. Aujourd’hui, c’est environ 10%.

La rédaction de TF1info | Reportage : David DE ARAUJO et Frédéric MIGNARD

Share.
Exit mobile version