- Laurent Vinatier est sorti de prison le 8 janvier, après 581 jours de détention en Russie.
- Dans le JT de TF1, le chercheur français raconte son expérience dans les prisons russes.
- Il décrit le « choc terrible » de son incarcération en juin 2024.
Suivez la couverture complète
Le Français Laurent Vinatier libéré par Moscou après 19 mois de détention
Deux semaines après sa libération et son retour en France, Laurent Vinatier a accepté de se confier sur son expérience dans les prisons russes pour le JT de TF1. Notre équipe a rencontré le chercheur français chez ses parents, où il se remet des 581 jours passés en détention. Arrêté en juin 2024 à une terrasse de café de Moscou, l’ancien détenu se rappelle en détail son arrivée dans sa première cellule.
« D’abord, je ne sais pas ce que c’est qu’une prison, même en France. Donc c’est un choc terrible, une espèce de panique. On a envie de se recroqueviller sur soi, on ne veut pas sortir du lit »
, décrit Laurent Vinatier, dans l’extrait du JT de TF1 en tête de cet article. « J’étais dans une cellule à 14. J’avais la chance de parler russe, donc on pouvait communiquer de manière un peu plus fluide et plus directe. Il y a des hommes bons, qui me prenaient un peu sous leur protection »
, se souvient-il.
« C’était innommable »
Au bout de dix mois de détention, Laurent Vinatier a été transféré dans une prison de transit, à deux cents kilomètres de Moscou. Ce nouveau lieu « n’avait rien à voir avec la première cellule. C’était une cellule où je voyais toute la misère, toute la fragilité et toute la dangerosité des vraies prisons et des vraies colonies russes. C’était innommable, c’était des conditions sanitaires qui n’existaient pas »
, explique l’ancien chercheur.
Il s’est retrouvé un moment isolé dans l’hôpital de l’établissement. « Tout est possible dans cet hôpital. On va me forcer à prendre des médicaments, on va m’empoisonner. Tout est possible parce qu’on ne dit rien »
, affirme-t-il. Au bout de trois semaines, il est à nouveau transféré à Moscou.
« J’ai écrit des histoires »
Comment Laurent Vinatier a-t-il tenu dans ces conditions ? « J’ai écrit. J’ai tenu mon journal, j’ai écrit des histoires »
, raconte-t-il. « J’avais deux livres en français : Proust, les tomes 1 et 3 de La recherche du temps perdu. »
Fin décembre, un journaliste de TF1 avait interpellé Vladimir Poutine au sujet du chercheur français lors d’une conférence de presse. Depuis sa cellule, Laurent Vinatier avoue n’en avoir rien su avant plusieurs jours : « Mon codétenu voulait regarder la conférence de presse. Mais on ne regarde que 15 minutes, entre 12h30 et 12h45 »
, raconte-t-il. « Le dimanche matin, on regarde les informations et je vois qu’il y a des bordereaux sur la France. Il me traverse l’esprit de me dire : peut-être qu’ils ont posé une question sur moi. Mais non, c’est n’importe quoi. »
Ce n’est que quelques jours plus tard que son avocat l’a informé de cet épisode, au cours duquel Vladimir Poutine avait affirmé ne pas être au courant de son cas et s’était engagé à se renseigner. « Je suis convaincu, sans avoir le détail, que cette question a accéléré les choses »
, salue Laurent Vinatier. Ce dernier se dit « très reconnaissant à la France et à l’Etat français »
pour avoir suivi son cas. « Je voudrais remercier aussi certains de mes codétenus »
, conclut l’ancien détenu, « mais je le ferai sans doute par écrit. »




