Jusqu’au dernier moment, nul ne savait si elle viendrait témoigner. Alors, lorsqu’elle s’est avancée à la barre, un ample gilet beige sur le dos et les cheveux tirés en chignon, tous les regards se sont fixés sur Alexia*.
Au second jour du procès du rappeur Naps pour le viol d’une jeune femme dans un hôtel parisien en 2021, l’ex-meilleure amie de la victime a longuement déposé, ce mardi 17 février. Si son témoignage était tant attendu, c’est parce qu’elle et une autre jeune femme se trouvaient dans la chambre d’hôtel où les faits dénoncés par la plaignante, Fanny*, se seraient déroulés, un matin d’octobre 2021.
Et si Alexia confirme avoir assisté au viol de son amie, elle indique aussi depuis le début de l’enquête avoir tout fait pour l’empêcher. Ce que Fanny dément fermement.
« J’ai essayé de la réveiller »
Le 30 septembre, la soirée a démarré « normalement », raconte Alexia à la barre. Fanny, une autre amie nommée Camille* et elle se rendent dans une boîte de nuit du 8ème arrondissement de Paris. Là, elles sont invitées à rejoindre la table du rappeur Naps et quelques-uns de ses proches. Plus tard, elles acceptent de suivre le rappeur en after dans sa chambre d’hôtel.
L’artiste marseillais et les trois amies boivent, fument, consomment du protoxyde d’azote, puis tous s’endorment sur l’unique lit de la chambre, tout habillés. A partir de là, les versions diffèrent. Naps affirmera avoir eu une relations sexuelle consentie avec Fanny. Celle-ci déclare pour sa part s’être réveillée en constatant que le rappeur, allongé sur elle, lui imposait une pénétration, sous le regard d’Alexia, qui ne semblait pas réagir.
Cette dernière présente un tout autre tableau. Elle dit s’être réveillée une première fois en sentant le rappeur « allongé » ou « assis » sur elle, puis l’avoir repoussé. Un peu plus tard, un mouvement la tire à nouveau du sommeil. Cette fois, elle explique ouvrir les yeux et constate que le rappeur est couché sur son amie Fanny et fait « des va-et-vients ».
Elle raconte alors, à l’inverse du témoignage de la plaignante, avoir tenté de repousser le rappeur à plusieurs reprises. « C’était ‘tu me pousses, je te pousse’, ça se parle mal et tout. J’ai essayé de réveiller Fanny, de la secouer. »
Des messages lus à l’audience
Pourtant, dans un échange de messages qu’elle aura le soir-même avec Fanny, cette dernière lui reproche amèrement de ne pas lui avoir porté secours. « Si t’avais fait tout ton possible, il serait pas rentré, que je sois dans les vapes ou non », lui écrit la plaignante. « Ok, Fanny, si tu veux. (…) C’est toujours moi la fautive, j’en peux juste plus », répond Alexia.
– Mais tu crois que c’est une histoire à deux balles, là? (…) Même quand on est sorties de l’hôtel, même pas un ‘ça va?’, rien? Vraiment, merci.
– Je t’ai juste laissée reprendre tes esprits. Mais vas-y, c’est moi, désolée.
– Ton ‘désolé’, tu le penses même pas. (…) Ca me fait plus mal qu’autre chose », conclut Fanny par message.
Après la lecture de cette conversation à l’audience, la présidente Danièle Dionisi invite Alexia à réagir. « Je n’ai pas été gentille dans mes échanges. J’ai été froide et méchante. Je ne contredis pas ce qu’elle dit, je suis d’accord avec elle. J’étais juste un peu perturbée aussi, on a juste une manière différente de gérer les choses », commente la jeune femme à la barre.
« On se demandait si vous alliez venir, vous êtes venue. On n’est pas déçu du voyage… », commente Me Jean-Baptiste Boué-Diacquenod, l’avocat de Fanny, sarcastique.
« Sur ça, j’ai menti »
Au cours de ce même échange de messages, comme plus tard dans l’enquête, Alexia allait jusqu’à affirmer qu’elle s’est sacrifiée pour ne pas que son amie ne se fasse pas agresser, proposant à Naps de la toucher à la place. Coup de théâtre, elle revient désormais sur ses déclarations. « Sur ça, j’ai menti », admet-elle à la barre. Surprise générale.
L’avocate générale, Sarah Cadeillan, l’interroge: pourquoi avoir menti? « Sur le coup, je me sentais naze, en fait. » Culpabilisait-elle sur son manque de réaction? « Non, je suis désolée de ce qu’il s’est passé, mais je ne peux pas dire ça », maintient la jeune femme, avant de reconnaître timidement qu’elle n’a sûrement pas « tout fait » pour sauver son amie.
Si ces échanges par messages mettent la défense en difficulté, puisque la plaignante y évoquait clairement, quelques heures après les faits, un viol, les avocats du rappeur s’engouffrent dans la même brèche.
« Vous vous êtes offerte à Nabil Boukhobza (le vrai nom de Naps, NDLR) ou pas? », relance Me Nabil Boudi. Négatif, répond la témoin. « Alors vous avez aussi menti à l’enquêteur », poursuit l’avocat, qui s’appuie sur les rapports d’enquête. « Oui… », admet Alexia. « Et à la juge d’instruction? » La jeune femme confirme.
Fanny, assise aux côtés de son avocat, garde le regard fixe. Pleure parfois en silence, mais reste statique, toujours. Son audition devait avoir lieu ce mardi après-midi, elle a finalement été reportée à mercredi matin, les débats ayant pris du retard.
*Les prénoms ont été changés.
Article original publié sur BFMTV.com




