dimanche, janvier 25

Didier Eribon est l’auteur de livres importants comme Réflexions sur la question gay (Fayard, 1999), Retour à Reims (Fayard, 2009), Vie, vieillesse et mort d’une femme du peuple (Flammarion, 2023), et a popularisé le concept de transfuge de classe.

A voix basse, presque en chuchotant, le philosophe âgé de 72 ans revient sur ses origines sociales pauvres, sur le « miracle » de son parcours intellectuel et sur son rapport à l’amitié, plus puissante, selon lui, que les liens familiaux. Compagnon du philosophe Geoffroy de Lagasnerie et ami intime de l’écrivain Edouard Louis, il travaille à un nouveau livre qui pourrait s’intituler « Arriver à Paris ».

Je ne serais pas arrivé là si…

… Si Simone de Beauvoir [1908-1986] n’avait pas écrit ses Mémoires. Je me revois, à l’âge de 18, 19 ans, lisant avec passion Mémoires d’une jeune fille rangée, La Force de l’âge, Tout compte fait, dans l’appartement où j’habitais avec mes parents et mes frères au sein d’une cité HLM, à la périphérie de Reims [Marne]. J’étais totalement fasciné par le monde qu’elle décrivait : la vie intellectuelle, les cercles d’amis, les cafés et, bien sûr, Paris.

Je me fantasmais comme arrivant un jour dans ce monde, ce qui était évidemment un rêve tout à fait irréalisable, étant donné le milieu social dans lequel je vivais. Mais ce fantasme a malgré tout orienté en grande partie mes choix ultérieurs. C’est la tête pleine de ces images trouvées dans les livres de Beauvoir que j’ai décidé un jour de venir m’installer à Paris.

Est-ce qu’il y avait des livres chez vous ?

Non. Chez moi, on ne lisait pas de livres, on n’allait pas au cinéma ni au théâtre, et encore moins au concert ou au musée. J’ai eu accès aux livres quand j’étais lycéen, juste après Mai 68, une période de grande effervescence politique.

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