Ali travaille pour une chaîne satellitaire à destination de la population kurde iranienne. Pour échapper à la répression, il est basé de l’autre côté de la frontière, au Kurdistan irakien. « Nous avons de nombreuses sources sur place à qui nous fournissons des cartes d’opérateurs kurdes irakiens qui portent jusque dans la zone frontalière en Iran. Nous utilisons aussi le réseau satellitaire Starlink pour atteindre des régions éloignées de la frontière. Mais les autorités iraniennes utilisent une technologie de pointe pour identifier les utilisateurs de Starlink et notre personnel n’est pas assez formé pour la contourner. Donc, ça reste très dangereux. »
C’est via Starlink qu’Ali a demandé à l’une de ses sources de venir lui donner des nouvelles en personne. L’homme qui se fait appeler Sardacht a donc traversé la frontière pour donner, mais aussi recevoir des informations. Originaire d’une ville du Kurdistan iranien, il décrit une forte tension sécuritaire. « Les arrestations continuent, ils contrôlent tout le monde, convoquent certaines personnes et en arrêtent d’autres en pleine rue », décrit-il.
« Ce qui est inédit dans la répression actuelle, c’est son ampleur territoriale »
Malheureusement, les deux hommes affirment que ce type de répression militaire est presque habituel au Kurdistan irakien lors de mouvements de manifestation. « Le Kurdistan, de par son histoire de lutte, de formation de partis politiques et d’organisation de manifestations durant les quarante dernières années, a toujours été au centre de l’attention des services de sécurité, développe Ali. Ce qui est inédit dans la répression actuelle menée par la République islamique, c’est son ampleur territoriale. Durant le mouvement Femme, Vie, Liberté par exemple, les forces de sécurité ont utilisé des mitrailleuses et des lance-roquettes dans les régions kurdes. Dans les grandes villes comme Téhéran, la population n’était pas familiarisée avec ce type de répression. En revanche, cette fois, la violence y est extrême. »
Les témoignages recueillis par Sardacht et Ali à Téhéran racontent des dizaines de corps dans différents hôpitaux de la ville. « L’une de nos sources a dit avoir vu 11 morts juste dans sa rue », ajoute Ali.
« Le silence des instances internationales ne pourra pas être oublié par le peuple iranien »
La transmission accomplie, Sardacht prévoit de rentrer chez lui en Iran dans les jours à venir. C’est là-bas qu’est sa vie et sa famille.
Ali, lui, tient à s’adresser aux institutions internationales. « Les gouvernements, la communauté des droits de l’Homme, les institutions de l’ONU, le Conseil de sécurité. Tous sont certainement informés par leurs propres services du nombre de morts, de l’ampleur des violences. Le silence des instances internationales ne pourra pas être oublié par le peuple iranien. Nous ne demandons pas forcément à la France, aux pays européens et aux États-Unis d’envahir l’Iran, ils pourraient exercer une pression diplomatique et économique sur le gouvernement iranien pour l’empêcher de massacrer sa population et de commettre ce genre de crime. Mais malheureusement, les mesures politiques des pays occidentaux ont toujours déçu les peuples iraniens dans ce type de circonstances. »
Après avoir menacé d’intervenir militairement, le président américain Donald Trump a affirmé mercredi que les tueries avaient pris fin. L’Union européenne a dit envisager des sanctions. Le Conseil de sécurité des Nations Unies, lui, s’est rassemblé jeudi sans prise de décision concrète.
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