jeudi, mars 5

Le 22 février 2026, cinq partis d’opposition kurdes iraniens exilés au Kurdistan irakien ont annoncé la création d’une coalition dont l’objectif principal est de renverser la République islamique d’Iran.

Il s’agit du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), dirigé par Mostafa Hejri, du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK), du Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK) lié au PKK, de l’Organisation de la lutte du Kurdistan iranien (Khabat), et de Komala des Travailleurs du Kurdistan. Une autre branche de Komala, le Parti Komala du Kurdistan iranien, a annoncé rejoindre cette coalition le 4 mars, portant ainsi à six le nombre de formations qui la composent.

Depuis le début de la guerre, le 28 février, l’Iran a de son côté multiplié les frappes contre les bases de ces partis.

Les bases du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), notamment le camp Azadi à Koysinja, près d’Erbil, capitale du Kurdistan irakien, ont été frappées à de multiples reprises, faisant au moins un blessé.

Les bases du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) ont aussi été visées, notamment près de Duhok. Une frappe a causé la mort d’un garde et en a blessé un autre, le 4 mars selon un porte-parole. Les Gardiens de la révolution ont confirmé avoir ciblé les groupes d’opposition. « Des bases et quartiers généraux des groupes Komala et anti-révolutionnaires ont été touchés avec succès par trois missiles » lit-on dans un communiqué de l’organisation.

Dans la nuit de mercredi 4 à jeudi 5 mars, une autre attaque au missile et au drone a visé un camp hébergeant des familles de membres du parti Komala. Aucune victime n’a été signalée, a indiqué un responsable du parti, Mohammed Hakimi.

Dans un article du 3 mars, le site de CNN a indiqué que la CIA travaillerait à armer ces forces kurdes iraniennes dans le but de « fomenter un soulèvement populaire » en Iran. Les sources citées par le média américain précisent que ce soutien a commencé plusieurs mois avant le début de la guerre. CNN évoque en outre une conversation entre le président Donald Trump et Mustafa Hijri, le chef du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), sans en révéler la teneur.

« Ces responsables kurdes ne font pas confiance aux États-Unis »

Chirwan al-Chimrani, journaliste kurde indépendant basé à Erbil, invite toutefois à la prudence, même s’il y a des signes qui pointent vers une potentielle opération transfrontalière des militants kurdes exilés en Irak.

Ces partis n’étaient pas unis par le passé. Ils n’avaient pas de vision commune, chaque parti s’opposant à l’autre, affirmant être le seul représentant légitime. Mais cette unité nouvelle avec la création de la coalition est un indice que quelque chose est en train de se passer.

Autre élément : les Iraniens ont immédiatement menacé et lancé des bombardements contre les kurdes iraniens en Irak, comme s’ils sentaient que quelque chose se tramait. Troisième point : Ali Larijani [Secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale d’Iran], juste après l’assassinat du Guide suprême, a déclaré : “Nous ne permettrons pas la division du territoire iranien.” Cet avertissement indique également qu’ils savent et sentent quelque chose.

Sur cette base, les forces de sécurité iraniennes utilisent désormais des missiles et des drones pour bombarder les quartiers généraux de ces partis.

Cela peut être interprété comme un signe que quelque chose est en train de se passer. En revanche, il faut rester prudent, car ces responsables kurdes ne font pas confiance aux États-Unis et à leur politique sur cette question.

En 2019, les États-Unis, lors du premier mandat de Donald Trump, ont retiré leurs troupes du nord de la Syrie alors sous contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par des Kurdes syriens. Le retrait américain a ouvert la voie à une intervention offensive turque à leur encontre dans la région. Le leader kurde syrien Mazloum Abdi avait alors qualifié ce retrait de “trahison”.

La coalition américano-israélienne frappe des cibles du régime dans le Kurdistan iranien

Depuis le début de sa campagne, la coalition américano-israélienne a ciblé des sites militaires et sécuritaires du régime dans le Kurdistan iranien (qui inclut les provinces de Kurdistan, Kermanshah, Ilam et l’Azerbaïdjan de l’ouest), région frontalière du Kurdistan irakien. Cité par The Guardian, un porte-parole militaire israélien a déclaré que leur force aérienne est “activement engagée dans l’ouest de l’Iran pour diminuer les capacités iraniennes et faciliter les opérations vers Téhéran”.

Cette stratégie viserait donc à affaiblir les forces de sécurité du régime pour permettre aux groupes kurdes iraniens exilés en Irak de traverser la frontière, et à ceux qui sont déjà présents en Iran de se mobiliser, pour lancer une offensive contre le régime.

Chirwan al-Chimrani explique :

La nature des bombardements, le type de cibles et leur intensité au cours des deux derniers jours [3 et 4 mars] en particulier, et aujourd’hui surtout, tout cela suggère que des préparatifs sont en cours, car l’attention se concentre actuellement sur tous les quartiers généraux de la police, les forces Basij [force paramilitaire], les Gardiens de la révolution, et l’armée iranienne. C’est-à-dire que toutes les principales forces armées iraniennes sont désormais prises pour cible même dans les petites villes kurdes de l’ouest de l’Iran.

Toutes les analyses indiquent que ces attaques ciblées visent à empêcher les forces militaires iraniennes d’arrêter tout mouvement que les partis kurdes pourraient initier à l’intérieur du pays, s’ils le souhaitent.”

C’est la seule interprétation possible, car ces attaques dans la région kurde d’Iran ne se produisent pas dans d’autres régions iraniennes. Par exemple, dans l’est de l’Iran, à la frontière pakistanaise, il existe des forces armées sunnites iraniennes d’opposition, qui ont mené à plusieurs reprises des opérations contre le régime, notamment des attentats à la bombe contre le quartier général des Gardiens de la révolution.

Aucune preuve d’un franchissement de la frontière

Plusieurs médias, dont le site américain Axios, ont indiqué, jeudi 5 mars, que les forces kurdes iraniennes exilés en Irak avaient dans les dernières semaines envoyé des centaines de leurs membres vers le côté iranien de la frontière en vue de préparer une offensive. Cependant, la plupart des partis de la coalition (PDKI, Komala, PAK, Khabat) ont démenti tout franchissement de la frontière à ce stade, qualifiant ces rapports de rumeurs.

En revanche, des partis de la coalition kurde initialement basées à Erbil, – comme le PAK et Komala – ont annoncé s’être repositionnés vers des zones plus proches de la frontière irano-irakienne dans la province de Sulaymaniyah, en vue d’une possible opération transfrontalière.

Soutenir des factions kurdes armées risque aussi d’inquiéter la Turquie, l’Irak et la Syrie, où vivent des populations kurdes importantes. “Si l’administration envisage sérieusement de s’engager avec les Kurdes en Iran, elle remue un nid de guêpes. Le président turc, Recep Erdogan, et d’autres, dont le Premier ministre irakien, Mohammed Shia al-Sudani, et le président syrien, Ahmed al-Sharaa, réagiront fortement. Les leaders du Golfe seront aussi très inquiets”, a déclaré Barbara Leaf, ancienne secrétaire d’État adjointe des Etats-Unis, citée par The Guardian.

Share.
Exit mobile version