Une jeune femme à la barre pour une rare attaque djihadiste en Suisse

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Une Suissesse de 29 ans souffrant de problèmes mentaux est jugée cette semaine à Bellinzone (Suisse) pour «acte terroriste», pour avoir tenté d’égorger deux femmes en proclamant son soutien au groupe État islamique dans un grand magasin à Lugano en 2020.

L’une des deux victimes avait été grièvement blessée au cou. La deuxième, blessée à la main, avait réussi à maîtriser l’assaillante avec d’autres personnes, jusqu’à l’arrivée de la police. Selon l’acte d’accusation du Ministère public de la Confédération (MPC, procureur général), la jeune femme, qui avait 28 ans au moment des faits et dont le tribunal ne souhaite pas que le nom soit publié, a agi «intentionnellement» et «sans aucun scrupule».

Lors de l’attaque, elle a crié à plusieurs reprises «Allahou Akbar» et «Je vengerai le prophète Mahomet», et déclaré «Je suis ici pour l’EI», en référence au groupe djihadiste État islamique. «Elle a attaqué brutalement ses victimes, choisies au hasard, avec un couteau dans le but de les tuer et de répandre ainsi la terreur dans la population au nom de l’EI, de déclencher une large couverture médiatique et de propager ainsi l’idéologie de l’EI», selon le MPC.

Elle était connue des services de police. D’un père suisse et d’une mère d’origine serbe, l’assaillante s’était convertie à l’islam, selon le journal 24heures. «Tombée amoureuse» sur les réseaux sociaux en 2017 d’un combattant djihadiste en Syrie qu’elle avait tenté de rejoindre, elle avait été arrêtée à la frontière turco-syrienne et renvoyée en Suisse puis placée dans une institution psychiatrique.

Elle est jugée par le tribunal pénal fédéral de Bellinzone pour «tentatives répétées d’assassinat» et violation de l’article de la loi fédérale interdisant les groupes djihadistes Al-Qaïda et État islamique. Elle est en particulier accusée d’avoir voulu commettre un «acte terroriste» au nom de l’EI. Elle doit également répondre de l’accusation d’«exercice illicite répété de la prostitution» entre 2017 et 2020.

Un terrorisme «homegrown»

La défense a assuré qu’elle s’appuierait sur son état mental pour réfuter le motif «terroriste» et plaider une tentative d’homicide. Le jugement est attendu le 19 septembre. La Suisse n’a jamais connu d’attentat djihadiste à grande échelle mais deux attaques au couteau en 2020: quelques semaines avant Lugano, un jeune ressortissant turco-suisse, qui avait cherché à se rendre en Syrie en 2019, avait mortellement poignardé un passant dans une rue de Morges (ouest).

Selon les évaluations du Service de renseignement de la Confédération (SRC), la menace terroriste est toujours élevée en Suisse, même s’il n’a récemment enregistré aucun voyage de personnes radicalisées, par exemple en Syrie ou en Irak. «Nous constatons que les individus qui passent à l’acte sont des personnes radicalisées ayant grandi en Suisse sans jamais s’être rendues dans une zone de conflit», explique la police fédérale. «Ils se radicalisent sur internet, la plupart du temps sur des chats et des forums fermés, mais aussi dans des groupes et des associations. Il s’agit de ce qu’on appelle terrorisme homegrown (local)», assure cette source à l’AFP.

Selon elle, si les attaques au couteau ne sont pas un nouveau mode opératoire, elles se sont multipliées ces derniers temps. «Les attaques de novembre 2020 à Lugano et de septembre 2020 à Morges en sont la preuve, tout comme celles à l’étranger – par exemple l’attaque contre Salman Rushdi», estime la police fédérale, évoquant un terrorisme «low cost». Comme l’explique Christina Schori Liang, experte en terrorisme auprès de la fondation internationale Geneva Centre for Security Policy, ce «modus operandi des nouveaux terroristes ne requiert pas nécessairement de grandes attaques, juste assez pour provoquer la peur et terroriser le public.»

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