Ukraine : dans le Donbass, les habitants de Bakhmout sous un déluge de feu de l’artillerie russe

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Les pneus des véhicules militaires et des ambulances crissent. Les infirmiers du poste avancé de soins se ruent vers les soldats qui arrivent, et les emportent pour stabiliser leurs blessures sous le ciel gris de Bakhmout et ses déflagrations continues, avant de les évacuer vers un hôpital de l’arrière. Chaque jour, entre cinquante et cent soldats mis en charpie par les combats arrivent ici, selon le chirurgien, Volodymyr Pigulewski. Des dizaines de civières en tissu kaki, tachées de sang, sont empilées les unes sur les autres contre les murs, témoignant du massacre qui s’effectue inlassablement sur les lignes de front de la ville la plus disputée du Donbass.

Des soldats morts ou blessés lors de la bataille de Bakhmout arrivent au « point de stabilisation », à Bakhmout, en Ukraine, le 11 novembre 2022.
Serhiy, attend d’être emmené vers un hôpital de la région, à Bakhmout, en Ukraine, le 11 novembre 2022.

Des combattants au regard sombre attendent dans le couloir recouvert de dessins d’enfants. Un aumônier militaire en treillis, écusson « Dieu est avec l’Ukraine » sur l’épaule, récite une prière en tenant le bras d’un homme massif, écroulé sur une chaise. Le soldat, blessé dimanche 13 novembre au matin, est arrivé d’Opytne, à l’entrée sud de Bakhmout, là où les combats sont les plus violents ces jours derniers. Il dit entendre encore les forces ennemies, si proches, appeler les Ukrainiens à se rendre. En pure perte. « Avec les Russes, on ne communique qu’avec des balles et des obus », commente-t-il sobrement.

Face à lui, un autre blessé. Vladimir Goubka a le bras serré dans un bandage et les mains recouvertes d’un mélange de terre et de sang. Il a été évacué avec trois autres soldats de la 93brigade mécanisée. L’un d’eux a été touché à la tête. Vladimir ne sait pas s’il a survécu. Il se bat depuis le début de la guerre du Donbass, en 2014, lorsque des séparatistes ukrainiens soutenus par la Russie ont pris les armes afin d’instaurer les républiques autoproclamées de Louhansk et de Donetsk. C’est un vieux briscard, à présent, qui dit que la situation, sur le front, est « supportable ». Mais lorsqu’il est question de l’avenir de Bakhmout, il effectue une étrange mimique : un clin d’œil et une grimace. Il n’est pas un jour de répit, pas un jour sans que l’armée russe tente de se saisir de la cité. La ville de la province de Donetsk, une des deux régions composant le Donbass, est un des fronts les plus violents depuis plusieurs mois déjà.

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Alors que quatre cadavres recouverts de couvertures bariolées reposent dans un coin de la cour, Dmytro Volkov, chargé des évacuations, assure que le nombre de morts, finalement, lui semble « raisonnable », compte tenu de la brutalité des combats. Yara, une volontaire de 29 ans au teint gris d’épuisement, s’occupe d’une vingtaine de blessés quotidiennement. « Si tu ne prends pas de la distance avec ces gars, si tu imagines leurs sensations ou que cela peut t’arriver aussi, à toi ou à tes proches, tu ne peux pas travailler, dit-elle. Il faut prendre de la distance et oublier leurs noms, car c’est trop dur de s’en souvenir. »

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