Teleperformance paie cash sa mauvaise réputation sociale en Colombie

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Un tweet venu de Colombie a suffi à faire perdre plus de 5 milliards d’euros de valeur boursière à Teleperformance en un seul jour. En annonçant, dans la nuit de mercredi à jeudi (heure de Paris), avoir « décidé d’ouvrir une enquête contre Teleperformance », le vice-ministre du travail de Colombie, Edwin Palma Egea, a provoqué une tempête financière. Jeudi 10 novembre, à la Bourse de Paris, le cours de l’action du groupe français de centre d’appels et de relations clients, membre du CAC 40, s’est effondré de 33,9 %.

En cause : les conditions de travail de certains salariés de Teleperformance en Colombie, où le groupe emploie plus de 42 000 collaborateurs. « Nous avons notifié l’entreprise et invitons tous les travailleurs et organisations syndicales du pays à nous fournir des preuves de violations présumées des normes du travail », a annoncé dans son tweet le vice-ministre, arrivé à son poste en août après l’élection de Gustavo Petro, premier président de gauche du pays. Dans une réponse envoyée par mail quelques heures après le tweet ministériel, Teleperformance a assuré, « à ce jour », n’avoir « reçu aucune notification officielle de la part du gouvernement colombien ».

Le groupe s’est dit « confiant sur les résultats d’un tel contrôle, l’équipe de direction de la filiale en Colombie ayant toujours développé la société dans le respect de la loi ». L’enquête fait suite à la publication, le 20 octobre, d’un article du magazine américain Time en collaboration avec l’ONG britannique Bureau of investigative journalism. Ce reportage décrit des conditions de travail éprouvantes pour les employés colombiens de Teleperformance chargés de la modération des contenus du réseau social TikTok.

Vrais business

Leur salaire commencerait à 1,2 million de pesos (234 euros) par mois, soit environ 240 dollars américains, neuf fois moins que les modérateurs basés au Royaume-Uni, pour des journées de travail de plus de dix heures. Les objectifs de visionnage par personne peuvent aller jusqu’à 900 vidéos par jour, avec des contenus parfois très éprouvants : dans ce reportage, un modérateur dit regarder « sur une base régulière » des vidéos de « meurtre, suicide, pédophilie, pornographie, accidents, cannibalisme ».

Début août, le magazine américain Forbes avait lui mis en cause la façon dont Teleperformance forme ses modérateurs américains du réseau TiKTok en leur soumettant des images choquantes. « La présentation [faite par Time] me paraît curieuse et ne pas correspondre à la réalité de notre maison », a réagi Olivier Rigaudy, directeur général délégué de Teleperformance, lors d’une conférence de presse téléphonique organisée jeudi soir.

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